5 dangers du marché de l’emploi en Suisse à connaitre absolument… et à éviter

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Le marché du travail suisse propose de très belles opportunités, et attire des talents du monde entier. Mais bien que porteur, ce marché du travail connait aussi des dérives. Lorsque j’ai été recruté en 2001, il existait à l’époque une véritable éthique du recrutement en Suisse, et des professionnels qui, globalement, étaient de vrais pros. Aujourd’hui, si cette éthique existe chez la plupart des professionnels RH en Suisse, certains acteurs du recrutement, minoritaires, ont clairement laissé de côté cette éthique. Avec la mondialisation et des techniques de recrutement de plus en plus internationalisées et faciles d’accès, il est de plus en plus simple pour un recruteur de trouver des bons candidats, et d’utiliser à leur insu leur savoir-faire, ou leur profil. Voici donc 5 dangers et dérives du recrutement en Suisse qu’il faut être capable d’identifier quand on recherche un emploi en Suisse.

#1. Les gens qui payent pour avoir un job

Comment ça se passe ? Un ancien collègue, ou une connaissance sait que vous êtes à la recherche d’un emploi en Suisse, et vous propose de vous faire rentrer dans sa boîte. Seulement voilà, il y a une petite condition : elle percevra tous les mois un pourcentage de votre salaire (en général quelques centaines de francs suisses), soit pour une durée déterminée, soit pas. Cette situation n’est pas le cas le plus répandu, mais il existe depuis plusieurs années (le 1er cas nous a été reporté en 2010, ce qui ne veut pas dire que cela n’existait pas auparavant).

Qui est concerné ? Cette pratique existe la plupart du temps dans le milieu « amicalo-professionnel » proche, et le plus souvent pour des métiers qui sont peu qualifiants. Cela concerne en général plutôt les grandes structures, un peu moins les PME.

Que faire face à une telle pratique ? Vous l’avez compris, de telles pratiques sont peu éthiques, et probablement illégales (à vérifier). Mon conseil est bien entendu de refuser catégoriquement ceci, voire de le dénoncer si, dans votre entreprise, vous auriez connaissance d’une telle pratique. Si vous êtes en phase de recrutement et qu’on vous propose ceci, il me semble difficile de dénoncer, il vaut mieux simplement décliner.

#2. Le consulting gratuit

Comment ça se passe ? Vous êtes à la recherche d’un emploi et êtes contacté par un cabinet de recrutement, par exemple via Linkedin. Dans son message, la personne vous indique qu’elle est à la recherche d’une personne ayant tel et tel profil, en général proche du vôtre. Un rendez-vous est pris, et vous rencontrez la personne, ou êtes en contact direct pour un 1er entretien téléphonique. La personne vous présente alors du poste, et rapidement vous demande votre avis sur la manière de faire pour telle ou telle chose : une façon, en somme, de vérifier que vous êtes bien le spécialiste ou professionnel que vous prétendez être. Le problème, c’est qu’il n’y a en réalité pas de poste, mais ça bien sûr vous ne le savez pas. En procédant ainsi, l’entreprise sonde en profondeur des professionnels qui possèdent une expertise dans un domaine, à moindre frais, en prétextant un poste.

Qui est concerné ? Cette technique est utilisée des entreprises de petite taille, qui n’ont pas forcément les moyens de se payer un consultant ou un professionnel ayant une expertise, alors elles « innovent » avec de fausses techniques de recrutement. La fin justifie les moyens.

Que faire face à une telle pratique ?  Avec un peu d’expérience, on finit par identifier rapidement les entreprises qui sont dans cette situation. Un 1er indice pourrait être par exemple l’absence d’annonces sur des sites payants (car vous l’aurez compris, le problème est ici avant tout financier). Avec une entreprise de grande taille, il y a peu de risques, vous pouvez donc aborder à un moment du recrutement des sujets opérationnels pour illustrer votre savoir-faire sans aucune crainte. Si vous avez un doute, mon conseil est de rester malgré tout assez évasif sur la manière de faire, tout en insistant sur les résultats et avantages que pourrait en retirer l’entreprise. Si vous l’avez déjà fait pour une autre entreprise, dites-le au recruteur. Mais ne donnez jamais vos « secrets de fabrication », car c’est clairement votre matière première.

Si vous avez des doutes (évitez quand même d’être trop paranoïaque) et s’il s’agit d’une petite structure, posez des questions sur les fonds dont dispose l’entreprise, comment elle est financée, comment les dirigeants comptent financer l’activité qu’on vous présente. Récupérez le plus d’informations possibles sur l’état financier de l’entreprise : vous pouvez a minima consulter le registre de commerce suisse, Zefix, qui vous donnera déjà le montant du capital de l’entreprise. Si l’entreprise à un capital inférieur à 100’000 CHF, il faudra qu’elle vous explique comment elle compte vous payer (note : comme indiqué sur notre page Facebook, le capital peut être faible et l’entreprise peut avoir du cash. Disons que c’est un indicateur, qui doit être couplé avec la date de création de l’entreprise)… Le registre du commerce vous permettra également de vérifier les différents actionnaires pour une SARL, et les administrateurs pour les autres types d’entreprises. La présence d’actionnaires ou d’administrateurs publiques ou connus peut être un gage de sérieux supplémentaire de l’entreprise (attention, cela ne veut pas dire que les entreprises qui ne sont pas dans ce cas ne sont pas sérieuses).

#3. Les cabinets de recrutement qui veulent remplir leur base de CV

Comment ça se passe ? Vous êtes un professionnel ayant une certaine expertise, vous recherchez un emploi en Suisse et tombez sur une petite annonce qui présente un poste qui vous correspond. Détaillée, la petite annonce permet de se faire une idée relativement précise du poste et du type d’entreprise. Vous décidez d’écrire et d’envoyer votre CV et votre dossier complet, et après quelques jours, on vous répond dans un message très laconique que l’entreprise a finalement décider de délocaliser son recrutement dans tel ou tel pays (Portugal, pays de l’Est…) ou que l’entreprise n’a finalement pas ouvert le poste, mais qu’elle garde votre candidature au cas où un poste se présenterait.

Qui est concerné ? C’est une technique très vieille mais qui a encore cours. Le Temps en parle d’ailleurs dans un article. Les agences de placement ou cabinets de recrutement (en Suisse ou ailleurs) ont pour mission de trouver pour  leur entreprise cliente le bon profil. On parle ici en principe de profils qualifiés, voire très qualifiés. Les cabinets de recrutement sont dans ce cas soit en mandat exclusif pour l’entreprise, soit en compétition avec d’autres. Pour y arriver, les professionnels du recrutement ont à leur disposition plusieurs outils et techniques, comme par exemple le sourcing (on recherche dans son réseau ou sur les réseaux sociaux comme LinkedIn le profil que l’entreprise cliente souhaiter recruter). Mais de manière générale, pour qu’un cabinet de recrutement soit attractif pour une entreprise, il faut qu’il ait des profil. Dans le cas d’un cabinet de recrutement qui se lance ou qui opère depuis l’étranger, il aura peu de candidats en base ou « sous la main » et donc une attractivité réduite pour les entreprises. Alors pour se rendre plus attrayante, elle doit se composer rapidement cette base. Et dans ce cas, rien de mieux que de mettre en place une petite annonce bidon, voire, dans le cas le plus fréquent, plusieurs.

Que faire face à une telle pratique ? Si l’annonce provient d’un cabinet de recrutement à l’étranger (le Royaume Uni, les Pays bas ou la France par exemple), alors méfiance. Il est important de savoir qu’il est interdit de recruter depuis l’étranger pour le marché suisse. Si l’annonce vient d’une SSII (société de service en ingénierie et informatique), alors méfiance également, car certaines de ces entreprises sont également de grosses consommatrices de ressources qualifiées, et doivent toujours avoir « en catalogue » de bons profils  pour être intéressantes aux yeux de leurs clientes.

Si vous avez un doute, alors décrochez votre téléphone, et posez des questions précises sur l’entreprise (à ce stade on ne vous communiquera pas son nom, mais vous pouvez demander dans quel secteur elle se trouve, pour quand est prévu la prise de poste, dans quel département ou secteur etc…). Si le recruteur reste évasif ou si vous avez le moindre doute, ne postulez pas. Le risque est que le cabinet de recrutement transmette votre CV à votre insu à une entreprise… Et malheureusement, cela se fait, bien que cela soit interdit.

Si vous avez transmis votre CV, envoyez un message stipulant précisément que vous leur interdisez de transmettre votre CV et d’utiliser votre profil. Dans la plupart des pays, il existe une protection des données, qui est, dans certains pays, très sévère en cas d’utilisation abusive.

Pour plus d’informations, je vous conseille de jeter un oeil sur le site de l’APRF, qui rassemble plusieurs professionnels du recrutement en Suisse qui ont décidé d’avoir une approche éthique du recrutement en Suisse. Si l’entreprise qui vous contacte est l’un des membres de l’APRF, alors vous pouvez avoir totalement confiance de l’utilisation qu’ils feront des informations et données que vous leurs transmettrez. Je pourrai citer par exemple Alec Allan & Associés, Headline Consulting S.A. (qui est l’un des cabinets de recrutement avec qui j’ai été en contact lors de mon recrutement en 2001), ou encore Carreerplus SA. Attention : cela ne veut pas dire que celles qui n’en sont pas membres ne sont pas fiables.

#4. Le dumping salarial

Comment ça se passe ? Vous êtes en phase finale de recrutement et discutez des contours précis du poste et bien sûr du salaire. Vous êtes étranger, et n’avez jamais travaillé en Suisse. On vous propose un salaire que vous jugez exceptionnel par rapport à celui que vous aviez l’habitude de toucher dans votre pays d’origine. Alors vous acceptez, une si belle occasion ne se refuse pas. Le problème, c’est que sans le savoir vous venez d’accepter un salaire trop bas d’environ 30 à 40% en comparaison de ce qui se pratique dans le secteur ou dans l’entreprise suisse. Vous venez d’être victime de dumping salarial, qui est une technique qui consiste à recruter un étranger moins cher, précisément parce qu’il est étranger. Cette pratique s’est répandu en Suisse il y a quelques années, et sévit encore dans certains secteurs et certains milieux.

Qui est concerné ? Dans la plupart des cas, les personnes concernées sont peu qualifiées ou dans un marché ou un secteur qui sous-paie historiquement ses salariés. Cela concerne également les jeunes diplômés, issus parfois de formations qualifiantes, et principalement les étrangers. Tous les profils sont potentiellement concernés, mais nous estimons que beaucoup d’entreprises ne prendront pas le risque de sous-payer un talent, au risque de le voir partir quelques mois plus tard dans une autre entreprise.
Nous avons eu un cas en direct en 2011, quand, une diplômée en Master d’un pays de l’Union européenne nous a sollicité pour nous demander notre avis sur une proposition de salaire. Après vérification, le salaire était 2 fois moins important que ce qu’il aurait dû être.

Que faire face à une telle pratique ? Il est indispensable de se renseigner avant d’accepter un tel contrat. J’ai rédigé un article complet sur ce sujet « Proposition de salaire en Suisse : 10 réflexes à adopter avant d’accepter un poste » qui vous donnera la marche à suivre et vous donnera quelques indications sur ce qu’il faut faire pour éviter le dumping salarial en Suisse.

 

Les sociétés étrangères qui vous recrutent

Comment ça se passe ? Vous êtes en recherche active d’un poste en Suisse, et résidez à l’étranger (Allemagne, France ou ailleurs). Votre veille vous permet de repérer des annonces alléchantes pour des postes en Suisse. L’entreprise est au Royaume Uni. Vous transmettez votre CV, avez un petit entretien téléphonique de cadrage, et le cabinet de recrutement va alors transmettre votre dossier de candidature à des entreprises en direct, voire à des filiales suisses ou partenaires suisses de ce cabinet de recrutement étranger. Dans certains cas vous êtes prévenus qu’on transmet votre dossier de candidature, dans d’autres pas. Ce qu’il faut comprendre, dans un tel cas, c’est que vous perdez le contrôle total de votre dossier de candidature, vous ne savez pas à qui il a été transmis, ni comment, ni dans quelles conditions. Et cela peut compromettre votre recrutement.

Qui est concerné ? Tout le monde peut potentiellement être concerné par ces pratiques. Notre expérience nous montre que ce sont souvent les jeunes professionnels qui sont visés. Côté entreprise, ce sont les cabinets de recrutement anglais qui pratiquent le plus ce type de méthode, ainsi que les cabinets de recrutement français et néerlandais. Ci-dessous un exemple d’annonce sur Twitter d’une société néerlandaise à éviter soigneusement.

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Que faire face à une telle pratique ? Les cabinets de recrutement professionnels en Suisse vont vous demander l’autorisation de diffuser votre dossier de candidature, et ils vous diront précisément à quelle entreprise suisse ils le transmettront. Mon conseil est simple : évitez toutes ces entreprises étrangères. Elles recrutent en général du Royaume-Uni, des Pays-bas, de France et parfois d’Irlande.

En résumé

Vous êtes un talent et voulez travailler en Suisse ? Faites très attention à la manière dont vous allez aborder le marché de l’emploi en Suisse, et surtout confiez votre dossier de candidature aux bons professionnels. Évitez les sociétés qui recrutent depuis l’étranger, et ne vous faites pas avoir en offrant du consulting gratuitement à une entreprise qui n’a pas les moyens de vous payer. Vous avez un profil un peu plus « standard » et recherchez un emploi en Suisse ? Faites attention aux pièges qui vous attendent, et n’acceptez pas un poste à n’importe quel prix. Pire, ne payez pas pour travailler ! Si vous souhaitez des conseils sur la recherche d’un emploi en Suisse, je vous conseille de jeter un oeil dans la rubrique « emploi » de notre site www.travailler-en-suisse.ch.

5 idées reçues sur le temps de travail en Suisse

Le travail est une valeur importante de la culture suisse. En Suisse, travailler est quasiment indispensable si vous voulez être accepté par la société (exception faite si vous êtes femme au foyer, bien sûr). Travailler, et avoir un emploi, c’est contribuer à l’effort économique du pays, c’est avoir un rôle, c’est exister socialement. C’est vrai dans la plupart des pays, mais cela revêt une dimension culturelle très particulière en Suisse, qui est probablement un héritage de l’influence protestante issue de l’Histoire du pays. Pour donner un peu de corps à tout ceci, je me suis penché sur le temps de travail, souvent cité en exemple en Suisse et qui, sans être un indicateur de l’efficacité au travail, donne toutefois quelques indications intéressantes sur le rapport au travail qu’on a dans le pays. Voici donc quelques chiffes et constats intéressants sur le temps de travail en Suisse.

#1. La durée effective moyenne de travail ne dépasse pas 36 heures

En Suisse, la loi fixe le temps de travail hebdomadaire entre 40 et 50 heures selon le secteur d’activité (grâce aux conventions collectives de travail, le temps de travail est réduit à 40 ou heures dans certaines entreprises ou certains secteurs). Quand on consulte les statistiques de l’OCDE, on remarque que le temps de travail habituel dans l’emploi principal en Suisse n’a jamais dépassé les 36 heures depuis l’année 2000. La raison ? Ces statistiques incluent l’ensemble des travailleurs, ceux ayant un emploi à 100%, mais aussi tous ceux qui travaillent moins.

#2. Les Suisses travaillent de moins en moins

En 14 ans, la durée hebdomadaire de travail des salariés suisses (à temps plein et à temps partiel) est passée de 35,9 heures à 34,7 heures selon les données officielles de l’OCDE. Certes, la baisse n’est pas spectaculaire, et pas forcément continue et linéaires (certaines années elle remonte), mais la tendance est clairement baissière. Si on regarde l’ensemble des pays de l’OCDE, on constate le même phénomène pour la plupart des pays : hormis la Pologne, le Portugal ou la France, qui ont stabilisé ou augmenté leur temps de travail, tous les pays ont vu leur temps de travail hebdomadaire baisser. Cela accrédite la thèse selon laquelle la proportion de personnes travaillant à temps partiel a augmenté par rapport au nombre de personnes travaillant à temps plein. Et la Suisse serait donc touchée.

Temps de travail en Suisse

Evolution du temps de travail hebdomadaire moyen en Suisse entre 2000 et 2014 (source : OCDE) – la ligne rouge indique la tendance linéaire

#3. En Suisse, les hommes travaillent 10 heures de plus par semaine que les femmes

Il m’est parfois arrivé de parler d’égalité des salaires entre les hommes et les femmes. Si on parle de temps de travail, on remarque que les femmes qui travaillent en Suisse travaillent en moyenne 10 heures de moins que les hommes (en 2014, le temps de travail hebdomadaire moyen des femmes est de 29,1 heures contre 39,8 heures pour les hommes). Si on compare à l’année 2000, on peut voir que ce temps de travail a très peu évolué pour les femmes (il était de 29,1 heures en 2000), alors que pour les hommes, il a baissé (les hommes travaillaient en moyenne 41,2 heures par semaine en 2000).

#4. Les personnes qui travaillent à temps partiel travaillent plus qu’avant

Les personnes qui travaillent à temps partiel travaillent plus aujourd’hui qu’en 2000 (16,1 heures en 2014 contre 14,5 heures en 2000). La hausse du nombre d’heures travaillées a été, depuis 2000, continue et stable. A l’inverse, les personnes qui travaillent à temps plein semblent, en moyenne, travailler moins : de 42,8 heures travaillées par semaine en 2000, on est passé à 41,6 en 2014.

#5. Les salariés suisses travaillent en moyenne moins que les salariés français

J’ai souvent eu l’occasion d’entendre mes amis suisses se moquer des 35 heures françaises (et pour être franc, je suis moi-même en opposition totale avec cette loi tellement efficace qu’elle n’a été copiée par aucun autre pays…). Quand on regarde les chiffres de plus près, on remarque quelque chose d’assez cocasse : les salariés français ont toujours, en moyenne, travaillé plus que les salariés suisses (par exemple, en 2014, les salariés français travaillaient 36,1 heures par semaine, contre 34,4 pour les Suisses). Pire, le nombre d’heures de travail hebdomadaire des salariés baisse en Suisse, alors qu’il est stable pour les français. Les proportions sont les mêmes lorsque vous prenez l’emploi total (indépendant + salariés). Une chose est en tous les cas très claire : il existe dans les deux pays une limite entre ce que le droit impose (ou suggère), et les pratiques…

Voilà en tous les cas des chiffres qui devraient animer les soirées franco-suisses.

Bon, je peux vous l’avouer maintenant : je voulais faire un article un peu décalé sur les risques de faire un AVC quand on travaillait en Suisse (selon une étude de The Lancet parue récemment, le risque d’AVC augmente avec le temps de travail), mais en faisant mes recherches, je n’ai pas résisté au plaisir de faire cet article. Et puis finalement, en regardant les chiffres, il n’est pas sûr que ceux qui travaillent en Suisse soient les plus exposés…

source : OCDE

Dire du mal des frontaliers et des français, c’est fun

 

french bashing

Après avoir écrit qu’il n’était plus possible de parler des relations franco-suisses sans s’attirer des ennuis, je persiste et vais vous dire ce que je pense du dossier de l’Hebdo, qui me laisse un goût amer. L’article central « Au secours, mon chef est Français » donne, à mon sens, la réalité de situations parfois vécues par les uns et les autres, et il met l’accent sur des différences culturelles effectives, ainsi que sur les difficultés pour les Suisses d’avoir un manager Français. Je suis très réservé sur la forme de l’article : je suis fondamentalement persuadé de la réalité du fond et des difficultés des relations franco-suisses. Je le suis moins par les nombreux témoignages qu’on y trouve, qui tiennent plus du café du commerce qu’autre chose. Ce que Thierry T. pense de son beau-frère qui est Français et frontalier n’a, en soi absolument aucun intérêt, et vient accréditer de fort mauvaise manière une façon de voir les choses qui ne repose sur rien de concret hormis… quelques témoignages. Comme me le disait une amie, un article sur les différences culturelles entre la Suisse et la France aurait été intéressant, mais la manière dont cela est fait discrédite le propos.

Ce qui me dérange également, c’est que ce dossier est pratiquement intégralement tourné sur frontaliers français. Il dérange également par le contexte : cela fait plusieurs mois, voire plusieurs années qu’on entend des incivilités sur les Français et les frontaliers, et ce de manière parfois totalement décomplexée. Ce qui dérange surtout, c’est précisément que cela vienne de l’Hebdo, un magazine pas franchement réputé pour soutenir les thèses du MCG. Et le dossier de l’Hebdo arrive à un moment où on n’avait probablement pas besoin de tout ça. Et en tout état de cause, la couverture de l’Hebdo est totalement scandaleuse.

Dire du mal des frontaliers français, c’est fun, mais pas sans risque

Depuis quelques années, en Suisse romande, on a le sentiment qu’il est devenu fun de dire du mal des frontaliers et des Français. C’est un peu le sujet de blagues, et ça tourne parfois à l’humour potache. L’air de ne pas y toucher, on contribue à diffuser dans l’opinion publique l’idée selon laquelle être frontalier ou français, c’est mal. C’est en  général pas très méchant, mais ce n’est pas très gentil non plus. Surtout, c’est usant, notamment quand on a l’impression d’être bien intégré, d’avoir de bonnes relations, et d’être utile pour la société au sens large, ce qui est le cas de la plupart des frontaliers. On dirait que le fameux « Vivre ensemble helvétique » a été un peu vite oublié. Que les frontaliers ne soient pas toujours très bien intégrés, c’est vrai. Que les Français soient, pour certains, forts en gueule, je l’entends. Mais tout ceci ne mérite pas un tel traitement.

Ce que décrit l’Hebdo est probablement une réalité, mais pas la réalité. Ici, sur nos différents sites, nous avons de nombreux retours et témoignages d’actes plus ou moins xénophobes et anti-frontaliers voire anti-français, et aussi de Suisses qui se sentent mal à l’aise dans leur entreprise à cause d’un management à la française, mais le Web et les réseaux sociaux sont en général très polarisants.

Le 1er risque pour les entreprises suisses est économique : petit à petit, de tels propos mettent mal à l’aise les frontaliers qui, d’une manière ou d’une autre, seront moins efficaces au travail, moins agréables, moins à l’aise. Et donc moins productifs à l’échelle de l’entreprise et pour l’économie suisse. Le 2ème risque est lié à l’image que la Suisse donne à l’étranger, et notamment aux talents. Une personne qui a le choix de travailler n’importe où dans le monde, y réfléchira à deux fois avant d’accepter un poste dans un pays qui traite de telle manière certains de ses travailleurs étrangers.

Nous en avons marre

J’ai apprécié les témoignages de sympathie de certains suisses sur notre page Facebook, ainsi que les retours spontanés de certains pas « tout à fait » d’accord avec la manière de faire de l’Hebdo. Ca fait du bien, on se dit qu’on n’est quand même pas complètement à côté de la plaque, et que ce n’est pas normal.

Je crois qu’il est temps à présent d’arrêter le « frontalier et le french bashing » et de reconnaître enfin l’importance et l’apport des frontaliers pour l’économie suisse. Genève sans frontalier n’existe pas. La Suisse sans étranger ne tourne plus. Il n’est pas possible de tourner le dos à une communauté qui contribue tant pour l’économie, encore moins de la traiter de la sorte. Alors c’est vrai : certains frontaliers et certains français n’ont pas encore franchement compris qu’ils n’étaient pas chez eux en Suisse, avec tout ce que cela peut représenter, et tous les agacements que cela peut engendrer. Mais il s’agit d’ignorance, une crasse méconnaissance de la culture suisse, et parfois un refus d’ouverture culturelle. Mais nous ne méritons pas ça. Du moins pas comme ça. Alors s’il vous plait messieurs les journalistes, évitez le sensationnel la prochaine fois que vous ferez un article de la sorte, et réfléchissez aussi à ce que vous pourriez dire de vos collègues frontaliers dans les entreprises.

Comme elle me semble loin l’époque où l’Hebdo titrait « Et si les étrangers partaient tous« …

Relations Suisse-France : je n’ai plus le droit d’en rire (ni d’en pleurer d’ailleurs)

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Lorsqu’il y a quelques années, j’ai rédigé un post faisant la différence entre la Suisse et la France sur le sujet de l’immigration, j’ai déclenché une vague de commentaires, pas toujours très sympa à mon encontre, sur les réseaux sociaux. Alors que lorsqu’on regarde de plus près ce billet, il est factuel, et adresse de manière finalement assez chirurgicale et statistique des problématiques et des constats réels. Alors pourquoi ces réactions ? Simplement parce qu’il y a des sujets qui sont, en France, tellement sensibles, qu’on ne peut plus les adresser, que ce soit de manière factuelle ou avec humour.

C’est exactement ce qui est en train de se passer avec le sujet des étrangers en Suisse, ou des frontaliers. Certains frontaliers et étrangers en Suisse sont exaspérés par les commentaires de certains, collègues, automobilistes ou simple passants. Et pour l’avoir vécu personnellement, c’est très usant et particulièrement choquant quand, dans le tram à Genève, une personne se fend d’un « c… de frontalier« . Même si vous n’êtes pas la cible de cette insulte, ça vous touche forcément. Pareil du côté des Suisses ou de ceux qui habitent en Suisse, et qui finissent par s’agacer d’une situation dont les étrangers et frontaliers ne sont eux-même pas responsables. Au final, c’est beaucoup de frustrations, du clivage et des relations pas au top entre Suisses et Français. Alors quand vous avez le malheur d’aborder un sujet qui met en avant des problématiques de relations entre la Suisse et la France, vous devenez instantanément le messager à abattre.

Par exemple, avec ce tweet volontairement ambiguë,  posté également sur Facebook, j’ai eu quelques réactions un peu vertes (sur Facebook) :

Ai-je le droit de donner mon avis ?

Lorsque j’ai récemment posté sur Facebook des billets reprenant, là-aussi de manière factuelle, des éléments chiffrés sur les retraites en France et en Suisse, j’ai visiblement importuné certains d’entre-vous, et me suis vu traité de pro-Suisse. Quand je démonte le syndicalisme à la française, on me dit que je n’ai pas le droit de le faire car des personnes se sont battues pour imposer ce syndicalisme. Je serai alors pro-patrons, un &%c! de libéral en quelque sorte. Je me suis même vu traiter de nazi quand j’ai parlé de la dénonciation en Suisse (la personne n’avait probablement pas remarqué mon nom). Bref, je le savais déjà mais à l’évidence, on ne peut pas plaire à tout le monde. Pour être concret, j’ai surtout remarqué 2 choses :

  • De nombreuses personnes qui réagissent ne prennent pas le temps de lire les billets : ils voient le titre sur Facebook ou Twitter, et posent un commentaire
  • Certains d’entre-vous m’ont mis dans une case (celui qui donne des informations sur l’emploi et la vie en Suisse) et n’attendent pas que je donne mon avis sur tel ou tel sujet (on m’a d’ailleurs récemment dit sur Facebook qu’il fallait que je me contente de donner ce type d’informations et que je ne parle pas d’autres sujets que je ne maîtrisais pas, véridique).

Il va falloir encore faire avec

Du coup c’est vrai, je l’avoue : je ne suis pas toujours très fin sur les sujets, car j’aime bien provoquer pour animer le débat, mais j’essaye d’être précis et pas trop de mauvaise foi. Je manie un humour parfois grinçant qui ne plait pas à tout le monde, c’est exact. J’ai aussi la fâcheuse manie de dire des choses qu’on n’a pas envie d’entendre, et je ne mâche pas mes mots. J’ai aussi mauvais caractères, parfois. Ce qui est sûr, c’est que le style que j’ai développé à dessein dans ce blog est trop direct pour certains. Mais il est authentique. Authentique car si je fais tout ceci depuis 2006, c’est bien parce que j’ai envie de faire passer des messages, au-delà de la simple information que je donne sur l’emploi et la vie en Suisse. En tant que Français, issu d’un pays que j’adore mais qui est définitivement bien trop gâté pour se rendre compte de la chance qu’il a, j’ai l’impression d’être dans un train qui, plutôt que de tenter d’échapper au brasier qui l’attend inexorablement, fonce droit vers celui-ci en se disant qu’il ne lui arrivera rien. Et sur le chemin, on croise le train suisse qui lui va dans le bon sens, avec probablement les bonnes personnes à bord. Alors oui, tout ceci m’exaspère, et j’aime bien échanger sur ces sujets dans ce blog. Vous constaterez que mes remarques et critiques ne vont jamais vers les citoyens (que je respecte et que j’aime sinon pourquoi ferai-je tout ceci ?) mais vers les politiques, dirigeants et autres « entités » nuisibles ou inutiles dans leur forme actuelle (vous remarquerez que je n’en cite aucune, et pourtant la liste est longue).

La Suisse devrait être, selon moi, une source d’inspiration permanente pour la France, du moins sur le plan de l’emploi et de l’éducation (ce ne sont pas les seuls sujets mais si déjà nous arrivions à mettre 10% de bon sens Suisse dans notre système français, nous ferions un très grand pas). Mais je ne rêve pas : au-delà des formules de complaisances, comme celle adressée par F. Hollande lors de sa visite à Berne le mois dernier, il est peu probable que la France veuille s’inspirer de la Suisse : autant tout recréer de A à Z, après tout la France est une grande nation que nos dirigeants, nos chères élites, ont su mener à la situation qu’on connait. Alors pourquoi changer une équipe qui gagne ?

En bref, il va encore falloir faire avec moi et ma mauvaise humeur, car je crois qu’il y a encore 2 ou 3 petites choses à dire…

 

 

Tiens, il y a de la corruption à la FIFA ?

corruption FIFA suisse

Le monde entier semble avoir découvert il y a quelques jours les terribles affaires de corruption qui touchent la FIFA. Sur le Web et les réseaux sociaux, c’est un déchainement de commentaires et avis sur ces sujets sensibles que sont le football, l’argent et le pouvoir.

Ca balance dans la presse suisse

J’ai voulu en avoir le coeur net, et j’ai recherché sur le quotidien Le Temps le nombre d’articles qui étaient référencés sur Google et comprenant les 2 mots « FIFA » et « Corruption » (FIFA corruption site:www.letemps.ch) : on y trouve tout de même 1 970 mentions. Certes, cela ne veut pas dire qu’il y a de la corruption à la FIFA, mais qu’on y associe souvent ces termes sur le site du Temps. Je me suis dit que c’était peut-être dû aux méchants journalistes du Temps, alors j’ai regardé sur d’autres sites de journaux et magazine romands. Et j’ai vu qu’il y en avait des encore plus méchants. Voici le classement :

  • Tribune de Genève : 4 210 articles
  • Bilan.ch : 3 970 articles
  • 24 heures : 2 890 articles
  • Le Temps : 1 970 articles
  • RTS : 784 articles
  • AGEFI : 53 articles
  • 20 minutes : 2 articles

Certains pourront me reprocher de « mélanger » les genres, ces magazines et quotidiens n’étant pas forcément sur le même créneau d’informations. Par ailleurs, le résultat de recherche inclut des articles qui contiennent les termes en question mais qui ne sont pas pour autant le sujet de l’article (par exemple, un article parlant de la corruption en Russie dans le pétrole peut inclure des articles en relation parlant de la corruption et de la FIFA, et ces articles sont bien inclus dans ce comptage). Dans le concret, il y a évidemment beaucoup moins d’articles contenant ces 2 mots clés qu’indiqué dans ce classement, mais c’était pour vous faire réagir.

Quoi qu’il en soit, c’est quand même un sujet. Et si on reprend ces simples articles du site du Temps,

on constate que c’est un sujet… depuis des années car ces articles ont été rédigés entre 2010 et 2011. Comme quoi, on peut parler d’un sujet grave depuis plusieurs années et faire preuve d’une parfaite amnésie, car le sujet est tout sauf nouveau !

Les sponsors sont outrés

On jettera par ailleurs un regard amusé sur ces sponsors de la FIFA qui se plaignent de ces affaires de corruption, et qui feignent de se désengager si rien n’est rapidement changé (comme VISA l’a récemment annoncé). Je tiens à rassurer personnellement la FIFA : VISA, tout comme la plupart des autres sponsors ont investi beaucoup trop d’argent depuis beaucoup trop d’années pour y mettre un terme à cause d’une simple affaire de corruption qui sera oubliée dans quelque temps (la preuve au-dessus). Certes, je mettrai un peu de côté Nike qui a visiblement été moins malin que les autres puisqu’il s’est fait attraper, l’équipementier étant soupçonné par la Justice américaine d’avoir versé des pots-de-vins sur un compte suisse pour un montant de 40 millions de dollars visiblement destiné à l’équipe nationale du Brésil.

Mais à qui profite le crime ?

Les américains ne sont pas des justiciers qui veulent rendre le monde meilleur : s’ils ont mis en place ces actions, précisément maintenant, quelques jours avant la réélection programmée du valaisans Sepp Blatter, c’est bien pour quelque chose (j’ai passé l’âge de croire au hasard). Il est donc probable que les américains veulent la peau de Sepp Blatter, et très certainement pour des raisons d’attribution de contrats (il serait d’ailleurs intéressant à cet égard de voir quelle est la proportion de sponsors américains avant et après l’affaire). Tiens, on parle encore de gros sous. Si Sepp Blatter est maintenu, il aura probablement été suffisamment intimidé pour peut être rendre son tablier avant la fin de son mandat.

A-t-on le droit de dire des choses graves avec humour

Absolument ! Et je crois que les meilleurs sur le sujet, ce sont les guignols de l’info. Si vous n’avez pas le temps de regarder l’ensemble de la vidéo, courrez à 5mn30, pour découvrir l’interview de la marionnette de Zizou. Ca résume le sujet.

 

Je crois que j’ai assez écrit et qu’il est temps d’avoir votre avis !

crédit photo : Fotolia © A. Dudy

La Suisse est-elle encore attractive pour les investisseurs internationaux ?

Dans son étude annuelle « Foreign Direct Investment (FDI) » qui propose un classement des pays les plus attractifs pour les investisseurs internationaux, le cabinet A.T.Kearney nous permet de voir comment les différents pays du monde se positionnent les uns par rapport aux autres d’un point de vue de l’attractivité économique. Les investissements représentent un facteur économique d’importance puisqu’ils rentrent directement dans la composition du PIB, c’est à dire la richesse créée par le pays. Habitué à voir la Suisse truster les 1ère places des classements, quelle ne fut pas ma surprise de voir une Suisse en 14ème position (pas si mal mais pas top non plus), et surtout, une Suisse bien loin derrière la France (8ème position). La Suisse ne serait-elle plus « bankable » aux yeux des investisseurs étrangers ? Voici quelques explications.

Limitation de la rémunération des dirigeants, affaire Swissleaks, limitation de l’immigration, franc fort, augmentation de l’impôt des holding : un cocktail explosif pour l’économie suisse

Si on prend un peu de hauteur et qu’on liste froidement les différents événements récents qui, selon les spécialistes, ont eu un impact négatif sur l’attractivité économique de la Suisse, on trouve quand même :

  • L’affaire Swissleaks qui a révélé un mécanisme de défiscalisation à grande échelle menée par la banque HSBC à Genève. L’affaire ayant touché de nombreuses personnalités du monde entier, elle a fait grand bruit et n’a clairement pas donné une image positive de la Suisse, même s’il se passe des choses équivalentes au Luxembourg, en Belgique, au Royaume Uni, aux Etats-Unis, en France, en Irlande (je continue la liste ou ça vous va ?)
  • L’impôts sur les sociétés suisses : en Suisse, les holding possèdent un statut spécial qui leurs permet de payer un impôts très faible. Dans la ligne de mire de la communauté internationale depuis plusieurs années, les avantages fiscaux de ces holding vont probablement disparaitre (avec toutefois un avantage pour l’impôt sur les sociétés des autres entreprises, j’y reviendrai). Je vous invite à consulter cet excellent article du Temps qui explique parfaitement tout ceci.
  • La limitation de l’immigration : avec l’acceptation de l’initiative sur la limitation de l’immigration du 9 février 2014, la Suisse a donné un signal plutôt négatif à la communauté internationale. D’un point de vue des investisseurs étrangers, c’est un problème important car une entreprise étrangère qui veut s’implanter en Suisse doit pouvoir s’assurer qu’elle pourra trouver localement la main d’oeuvre qualifiée, ou qu’elle pourra la faire venir de l’étranger.
  • Autre résultat d’une initiative qui a un impact sur la volonté des investisseurs de s’implanter en Suisse : a mise en place de l’initiative Minder qui limite potentiellement de manière significative la rémunération des dirigeants et qui forcément ne va pas dans le sens d’une implantation en Suisse.
  • L’augmentation du franc suisse début 2015 : le franc suisse s’est chargé début 2015 de finir de décourager les derniers investisseurs. Avec une forte augmentation du franc suisse par rapport à l’euro notamment, le ticket d’entrée en Suisse est à présent plus cher pour un investisseur venant de la zone euro. Quand les investissements se comptent en centaines de milliers d’euros, voire de de millions, ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle (même si ce n’est pas forcément le critère le plus important), sans compter que les analystes ont estimé que cette augmentation du franc suisse allait faire perdre au pays environ 1 point de PIB (par rapport à ce qui était prévu). Quand même.

Il faut une économie particulièrement solide pour que la Suisse soit encore debout après tout ça

Soyons réalistes : peu d’économies dans le monde peuvent absorber de tels événements et conserver une croissance du PIB. Ce sera a priori le cas de la Suisse, qui prouve encore une fois que si vous avez de bons fondamentaux (un tissu économique solide, et des consommateurs encore au rendez-vous car confiants en l’avenir), l’effet d’éventuelles crises peut être considérablement atténué. Si on prend le cas de la France par exemple, qui a annoncé récemment de meilleurs chiffres que prévu, on constate que cette croissance est due principalement à des facteurs extérieurs au pays…

Mais le plus étonnant, c’est que tout ceci ne semble pas avoir entamé l’enthousiasme des investisseurs étrangers, qui gardent pour la Suisse un intérêt marqué par rapport à l’année précédente.Au final, la Suisse conserve donc la 14ème place qu’elle avait l’an passé. On remarque toutefois que la progression de la Suisse dans le classement a subi un coup d’arrêt cette année, car le pays était à la 22ème place en 2012, à la 18ème en 2013, et 14ème en 2014. Selon les analystes de l’étude, les investisseurs étrangers reconnaissent la très grande qualité des infrastructures suisses et un environnement d’affaires compétitif qui rend le pays attractif.

Le classement

PaysClassement 2015Classement 2014
Etats-Unis11
Chine22
Royaume Uni34
Canada43
Allemagne56
Brésil65
Japon719
France810
Mexique912
Australie108
Inde117
Italie1220
Pays-Bas1322
Suisse1414
Singapour159
Corée du Sud16-
Espagne1718
Suède1816
Belgique1921
Danemark2023
Autriche21-
Turquie2224
Pologne23-
Norvège24-
Finlande25-

On constate que beaucoup de pays de la zone euro ont repris de nombreuses places dans le classement, ce qui s’explique très probablement par un euro faible. Singapour, une des places en compétition avec la Suisse sur le plan mondial, semble perdre du terrain par rapport à l’année précédente.

Source : étude Kearney

Licenciement abusif en Suisse : une anecdote pleine d’enseignements

Il y a les anecdotes agréable que je vous raconte de temps en temps sur les personnes qui trouvent un emploi en Suisse, et celles qui sont un peu moins drôle, mais tout aussi intéressantes. C’est par exemple le cas des licenciements. Il y a peu, un informaticien dans une banque privée en Suisse romande m’a raconté son licenciement, qui s’est avéré être un licenciement abusif.

Les circonstances et la manière dont son licenciement a été mené me semblent être un excellent exemple qui devrait intéresser pas mal d’entre-vous, et notamment les étrangers qui ne savent pas toujours comment peut se passer un licenciement en Suisse, pays où le droit du travail est perçu comme relativement souple en comparaison de pays comme la France ou l’Espagne.

L’affaire Falciani a rendu les banques privées (encore plus) paranoïaques

Cet informaticien est un spécialiste des systèmes d’information. Depuis l’affaire Hervé Falciani (ce franco-italien dont on parle beaucoup en ce moment avec l’affaire SwissLeaks et qui a transmis des fichiers de clients de la banque HSBC au fisc français en 2009), les banques suisses sont particulièrement sensibles à la transmission – au vol –  d’informations clients.

Cet informaticien avait sur son poste de travail des fichiers personnels, protégés par un mot de passe, dans un répertoire nommé « personnel ». La plupart des banques possèdent des outils de contrôles qui permettent de savoir ce que fait un employé, quels sites web il visite, quelles applications il lance… et stocke tout ceci dans des fichiers de « logs ». C’est en consultant ces « logs » que la banque a découvert l’existence de ce fichier protégé par mot de passe.

Un climat de suspicion s’est alors instauré. La sécurité informatique a alors demandé à cet informaticien de révéler le contenu de ce fichier, qui ne contenait au final rien de répréhensible, juste des informations effectivement personnelles et sans aucun rapport avec la banque.

L’informaticien a alors invoqué la rupture de confiance dans la relation (qui est une notion MAJEURE en Suisse). L’entreprise a alors proposé d’interrompre le contrat de travail, en lui versant les 2 mois de préavis qu’il devait faire mais en le renvoyant tout de suite (ce n’est pas si courant, en Suisse, dès lors que la rupture du contrat se fait dans de bonnes conditions, vous faites pratiquement tout le temps votre préavis, sauf exceptions bien sûr).

L’informaticien a refusé, a pris ses vacances et proposé d’en parler à son retour. 2 semaines plus tard, l’employeur lui proposait 6 mois de salaire, en « compensation » du préjudice subi, pour licenciement abusif.

Dans l’accord qui a été trouvé, l’entreprise parle de manière très positive de cet informaticien aux employeurs potentiels qui appellent, et il a d’ailleurs rapidement retrouvé un emploi.

Les enseignements qu’on peut en tirer

Tout ceci s’est plutôt bien fini. Voici les quelques enseignements qu’on peut en tirer :

  • Concernant l’organisation au travail : si le règlement de l’entreprise tolère les documents et informations personnelles, ceux-ci doivent être dans un répertoire comportant la mention « personnelle ». Dans ce cas, l’employeur n’a pas le droit d’y mettre son nez, car cela relève de la sphère privée. Evitez bien sûr les abus, mais il est vous est tout à fait possible d’avoir un tel espace, mais il doit être clairement reconnaissable.
  • Concernant la situation conflictuelle : N’acceptez pas trop rapidement la transaction qu’on vous proposera, surtout si vous êtes en situation ou vous n’avez objectivement rien à vous reprocher et où l’employeur a pour  sa part franchi la limite (ce qui est le cas ici car on est dans le cas d’un licenciement abusif, mais c’est probablement la situation la plus difficile à juger de manière objective pour un employé). Il est dans tous les cas préférable de discuter, négocier, en laissant notamment retomber les éventuelles tensions qui pourraient exister (le fait d’avoir pris quelques jours de congé est ici très malin de la part cet informaticien).
  • Pour les candidats étranges : retenez bien que le droit du travail suisse est peu protecteur, et plutôt équilibré entre employés et employeurs. Il est donc important d’avoir ce paramètre en tête avant de faire quoi que ce soit. Tout ceci invite au dialogue, à la discussion et à la négociation.
  • Enfin, faites très attention car le marché suisse (et romand) est finalement assez petit et tout le monde se connait. Alors il vaut mieux se séparer avec classe de son employeur, et conserver de bonnes relations, quittes à faire quelques compromis (sauf si, bien sûr, votre employeur abuse de manière évidente).

Swissleaks : le vrai scoop que les journalistes ne veulent pas révéler

Le grand tapage médiatique de l’affaire Swissleaks n’a pas pu vous échapper : toutes les chaînes françaises étaient toutes très fières d’annoncer l’excellent travail des journalistes du quotidien le Monde qui, en collaborant avec des journalistes du monde entier, ont révélé à la planète entière ce que tout le monde savait depuis longtemps : il y a des évadés fiscaux (tiens ?) et il y en a en Suisse (ah bon ?). Un vrai scoop. En fait, tout ceci sent le réchauffé, car cette affaire date en fait de 2008 : Hervé Falciani, un informaticien travaillant pour HSBC avait à l’époque tenté de vendre une liste de noms à la France, en vain. Cette liste s’était finalement retrouvée entre les mains du Fisc français, qui l’a ensuite lui-même remis au Fisc britannique. S’en est suivie une période de chasse aux contribuables, puis une période de silence médiatique pendant laquelle les journalistes du Monde entier, après s’être procuré la liste, ont interrogé les célébrités de la liste, pour finalement sortir un « scoop » cette semaine.

Les hommes politiques français sont absents de la liste

Doit-on saluer l’excellent travail des journalistes ? Pas certain. En effet, sur une liste aussi importante (100 000 personnes au niveau mondial, et 3000 rien qu’en France) il semblerait que n’apparaissent que des anonymes, des stars et des célébrités. Aucune information n’a filtré sur les hommes politiques. Il suffit de regarder un peu en arrière (voir notamment l’affaire Cahuzac) pour se dire que c’est statistiquement improbable. J’ai eu beau regarder l’ensemble des articles écrits ces derniers jours, très peu s’aventurent à dire que des hommes politiques sont impliqués. En fait, les autorités françaises savent depuis très longtemps (au moins 2012) quels hommes politiques français sont impliqués. Ces mêmes autorités françaises se sont d’ailleurs empressées de supprimer de la liste les noms des politiques impliqués (et peut-être d’autres d’ailleurs) avant de remettre le listing aux autorités suisses. Nous avions d’ailleurs fait un billet à ce sujet, et le Ministère public de la Confédération avait à l’époque confirmé cette information.

Donc si je résume : on préfère jeter en pâture aux média un Gad Elmaleh qui avait 80 000 euros sur un compte en Suisse (une vraie fortune en comparaison des sommes annoncées) plutôt que de parler des hommes politiques français et révéler leur identité. C’est de la vraie information et du grand journalisme. A moins, à moins, qu’un pseudo secret de l’instruction empêche ces mêmes journalistes de faire leur travail, mais si c’est comme pour l’affaire Cahuzac, on risque d’attendre encore longtemps (à ce jour, Jérôme Cahuzac a été renvoyé en correctionnelle, et si un procès est envisageable en 2015, rien n’est moins sûr). Vous me permettrez de ne pas parler de l’indépendance de la justice ni de la corruption dans ce billet, sinon nous serons encore là dans 3 heures…

L’indépendance des journalistes en question

En fait, cette affaire met en lumière l’indépendance réelle des journalistes : on savait déjà, par exemple, que sous le mandat Sarkozy, les journalistes français bénéficiaient des largesses de facturation de l’Elysée en voyageant pour pas cher dans l’avion présidentiel (une situation dénoncée dans un rapport de la Cour des Comptes) : pas facile pour une rédaction de cautionner l’écriture d’un billet à charge sur un Président qui vous finance. Pour être sûr que ces mêmes journalistes seront vraiment dociles, le gouvernement français a récemment décidé d’augmenter les aides. D’ailleurs, comme le souligne l’excellent H16 dans un article sur le sujet du financement de la presse, la France arrive en 39ème position dans le classement mondial de la liberté de la presse (la Suisse est pour sa part en 15ème position) après le Ghana, le Cap vert, la Namibie… Les hommes politiques français peuvent encore dormir tranquille, pendant que les journalistes du Monde sortent leurs incroyables scoops.

En conclusion…

J’espère vraiment que dans les jours qui viennent les journalistes auront la décence de révéler ces noms d’hommes politiques, ou du moins de dire pourquoi ils ne les révèlent pas. Mais affirmer que la liste n’a pas été trafiquée (ce qui, encore une fois, a été démenti par la Confédération), c’est vraiment se moquer du monde. Sur le fond, je trouve que les démarches des journalistes français vont dans le bon sens : le LuxLeaks et autres affaires de cette envergure apportent un peu plus de connaissance au monde sur ce qui se passe « en dessous », et c’est très bien. A condition que cela soit fait correctement, et en toute impartialité, mais nous pouvons ne pas avoir le même avis…

10 idées de cadeaux à faire quand on s’installe en Suisse

En ces périodes de fêtes de fin d'année, voici 10 idées de cadeaux à faire ou à se faire quand on s'installe en Suisse (ou quand on commence à y travailler).


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Couteau suisse Wenger
Difficile de faire plus symbolique que le fameux couteau suisse Wenger qui équipe l'armée suisse.
Le nombre de modèles existant est sidérant, avec des prix pour toutes les bourses...


Le Suissologue

La Suisse vu par un britannique qui s'est installé dans le pays, dans le canton de Berne.
Avec le Suissologue, Diccon Bewes fait le tour de force de parler de la Suisse avec humour et sérieux à la fois, et surtout sans tomber dans la caricature. Le contient même des anecdotes qui très peu de gens connaissent, y compris les Suisse eux-même !


Les Suisses
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Caquelon à fondue design
Un caquelon à fondue design (avec la croix suisse) de la prestigieuse marque suisse Kuhn Rikon.
Difficile, dans ce domaine, de faire plus "typique" et modern à la  fois. Et attention : interdiction de mettre autre chose dans ce caquelon que du Gruyère ou du fromage suisse !


Des fourchettes à fondue "typiques"
Pour aller avec le caquelon, les fourchettes à fondue estampillées du drapeau suisse seront parfaitement en harmonie.


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Comment augmenter son salaire quand on travaille dans le Bâtiment en Suisse

Le secteur de la Construction (Bâtiment) se porte bien en Suisse, que ce soit à Genève ou Zurich notamment. Le secteur a traditionnellement besoin de main d’oeuvre, et notamment de main d’oeuvre étrangère. La branche recrute en direct, mais également beaucoup par le biais d’agences de placement pour des missions plus temporaires. On a observé par le passé et récemment plusieurs abus, notamment lorsque des sociétés du Bâtiment en Suisse sous-traitaient avec des entreprises étrangères (souvent d’Europe de l’Est) qui envoyaient sur les chantiers en Suisse des salariés payés à des conditions salariales de leur pays d’origine (et donc bien moins qu’en Suisse, ce qui est une forme de dumping salarial). Par exemple, c’est ce qui s’est passé avec les chantiers Zara à Zurich et dénoncé par le syndicat UNIA.

Le coeur du problème : des salariés qui n’ont pas de CFC (mais un diplôme équivalent) et qui sont donc moins bien payés

La branche est régie par des Conventions Collectives de Travail (CCT) qui permettent notamment de fixer des salaires minima. Certaines grandes entreprises ont également leurs propres CCT. C’est donc a priori un secteur qui est potentiellement peu touché par le dumpling salarial, contrairement à d’autres secteurs où les salaires sont totalement libres. Mais quand on y regarde de plus près, on se rend rapidement compte que quelque chose ne va pas. En effet, les CCT fixent en général les différents seuils de salaires en fonction des qualifications et donc des diplômes. Et pour beaucoup d’étrangers, les diplômes qu’ils ont sont pour la plupart équivalents au CFC (Certificat Fédéral de capacité) suisse mais ne sont pas strictement un CFC… et ils se retrouvent donc dans la classe de salaire inférieure, à formation souvent équivalente (pour la plupart des métiers). C’est également le cas pour les travailleurs suisses qui n’auraient pas de CFC mais qui auraient exercé leur métier pendant plusieurs années.

La différence d’une classe à l’autre varie de 400 à 500 CHF par mois environ, tout de même. Ces entreprises ne pratiquent pas de dumping salarial, car tout est légal, mais on peut toutefois affirmer que les salariés concernés ne sont pas payés à leur juste niveau.

Comment y remédier ?

Une des solutions consiste à passer par la Validation des Acquis de l’Experience (VAE), qui permet à un professionnel en activité de faire valider un diplôme sans avoir à repasser d’examen. C’est un système qui fonctionne en Suisse pour les CFC. Ainsi, un professionnel qui a un diplôme équivalent (par exemple un CAP pour la France) et/ou qui exerce en Suisse depuis plusieurs années (dans la profession) peut demander une VAE.

Comment faire en pratique ?

La première chose à faire est de consulter la CCT dont vous dépendez. Demandez pour cela au service des ressources humaines de votre entreprise, ou bien consultez directement le site de l’UNIA qui dresse la liste des CCT en Suisse. Cela permettra de confirmer que vous dépendez bien d’une CCT et de voir la différence de salaire d’une classe à l’autre.

Les professionnels concernés doivent remplir un dossier, qui est ensuite évalué par des professionnels de la branche. En fonction du profil, soit l’équivalence est donnée, soit ils jugent que des lacunes existent et des formations sous forme de modules devront être suivies dans des écoles professionnelles. Pour plus d’informations, voici quelques sites à consulter :

N’hésitez pas à témoigner et à nous dire comment cela s’est passé pour vous !