Cette année 2014, la Suisse et la France seront plus riches

Le PIB (Produit Intérieur Brut, qui est une mesure de la richesse produite dans un pays en une année) de la Suisse devrait augmenter de manière significative en septembre prochain, et celui de la France en mai . Pour la Suisse, on s’attend à une hausse de 3% du PIB, et pour la France, ce sera une hausse comprise entre 2 et 3%. Non, ne criez pas au miracle économique, car c’est le changement d’un simple règle de calcul qui a pour conséquence cette augmentation significative. En effet, les nouvelles normes internationales de calcul (SEC 2010) du PIB vont changer, et inclure désormais les investissements en Recherche et Développement (R&D) et en armement, auparavant considérés comme des dépenses.

Côté suisse, on reste assez pragmatique : ce changement – qui n’en est pas un – n’est qu’une méthode de calcul de plus pour mesurer quelque chose de réel : la création de richesse d’un pays.

La France se désendette sans rien faire !

Pour la France et les pays endettés en général (c’est-à-dire pratiquement tous les pays de la zone euro), cela va changer pas mal de choses au contraire, et notamment sur le plan politique : en effet, les critères de Maastricht, qui contraignent les pays à contrôler leur dette, sont basés sur 2 indicateurs qui incluent chacun dans leur calcul le PIB :

  • une dette publique qui ne doit pas dépasser 60% du PIB, alors qu’elle est pour la France de plus de 90,2% actuellement
  • un déficit budgétaire de 3% maximum qui est actuellement de 4,8% pour la France.

Avec ce simple changement de calcul, le déficit budgétaire français devrait donc mécaniquement baisser, et perdre quelques 0,2 à 0,3 points. Pour la dette publique en France, ce changement ne permettra pas d’atteindre les critères de Maastricht (la marche est bien trop haute – ou basse suivant de quel côté on se place), mais tout de même, cela permettra d’améliorer les indicateurs économiques et les « promesses » de désendettement des politiques français.

Voilà donc un changement qui permettra artificiellement à la France de baisser son déficit budgétaire, et aux politiques probablement de pavoiser, alors que rien n’aura réellement changé sur le plan économique. Espérons seulement qu’ils ne profiteront pas de cette « baisse » du désendettement pour endetter un peu plus la France. Le 1er Ministre semble français semble au contraire avoir pris de bonnes décisions, mais espérons que les députés suivent, ce qui est loin d’être acquis…

Et en attendant en Suisse, on fait des affaires et on désendette le pays (la dette publique de la Suisse est de 34,9% pour la Suisse, contre 90,2% pour la France)…

 

Fusion Holcim-Lafarge : la France dindon de Lafarge

Pratiquement personne n’a pu rater cette information le week-end dernier : la fusion du suisse Holcim et du français Lafarge a donné naissance à une entité dont le siège social sera basé en Suisse, dans le canton de Saint-Gall.

Ce qui est passé comme une lettre à la Poste, et qui est pratiquement passé inaperçu, c’est que la France est la grande perdante de cette fusion. En effet,  la plupart des journalistes et le Gouvernement, complètement focalisés sur les possibles pertes d’emplois massives que pourrait induire cette fusion, ont oublié un « petit » détail : en domiciliant le siège social de la fusion en Suisse, la France perdra plusieurs centaines de millions d’euros par an de recettes fiscales liées à l’impôt sur les sociétés (si on se base sur le résultat net du groupe en 2013 de 600 millions d’euros, l’impôt sur les société est en principe d’un peu moins de 200 millions d’euros pour cette même année). Ce n’est pas grave, les finances françaises se portent bien.

Concernant les salariés du siège social, la perte de cadres de haut-niveau, soit mutés en Suisse, soit licenciés, va non seulement coûter à la France dans le cadre des licenciements, mais induira un manque à gagner tant au niveau des impôts directs et indirects, que de la consommation intérieure (ces profils sont en général de bons consommateurs) pour ceux qui seront mutés. Je n’ai pas vu un Député ou un Ministre soulever ce point.

Et en bonus une dernière question : combien de secondes a-t-il fallu au consortium franco-suisse pour décider d’établir le siège social en Suisse ?

 

Mes 4 conseils « suisses » à Manuel Valls

Vous me l’accorderez : c’est un titre provocateur, Manuel Valls n’a probablement pas besoin d’être conseillé. Mais ceux qui me lisent régulièrement le savent depuis longtemps : je porte un regard souvent critique sur les politiques français – quelle que soit leur famille politique, sans exception – tant ils sont à mon sens déconnectés de la réalité et du « vrai » monde, et y compris du business.

Incapables d’apporter aux Français ce qu’ils attendent depuis longtemps, les politiques français – des élites issues pour la plupart d’une même formation « supérieure » – refusent de réformer un système qui ne satisfait que leur finance et leur propre ego et tardent à proposer une nouvelle façon de gouverner, plus moderne, moins clientéliste, plus en adéquation avec notre temps. Avec Manuel Valls, fraichement nommé au poste de 1er ministre, il y a peut être un espoir.

Voilà mes 4 conseils « suisses » à Manuel Valls :

1. Composer un gouvernement le plus représentatif possible du paysage politique français, avec un respect de la proportion des différents partis. Cela signifierait notamment d’inclure au gouvernement des représentants d’Europe Ecologie les Verts, et du Front national. Au point où en est en, de toute façon, ça ne peut pas être pire que ce qu’on a vu jusqu’à présent.

2. Réformer totalement la Constitution, et apporter une touche un peu plus « directe » à la démocratie française : les Français en ont assez d’élire des représentants qui leur racontent une fable pour être élu et qui au mieux ne tiennent pas leurs engagements, ou au pire, les tiennent en mettant le pays sur la paille. Il s’agirait en somme de retirer le pouvoir aux Politiques et de le redonner au peuple français.

3. En finir avec ce système politique qui pille les ressources françaises. A l’image de ce qu’entreprend le tout jeune 1er ministre italien Matteo Renzi, il serait utile, d’un point de vue des charges que cela représente, de supprimer purement et simplement le Sénat. Et d’opérer un dégraissage profond – et à tous les niveaux – pour que l’argent public ne soit plus dilapidé. En bref, il s’agit d’obliger nos Parlementaires, Ministres et Chef de l’Etat d’en finir avec un train de vie qui n’est plus en rapport avec la réalité qui les entoure. A quand des Ministres qui se rendent au travail en transports en commun, ou un chef de l’Etat qui ne se déplace pas dans un avion présidentiel ?

4. Mettre la 4ème vitesse sur les entreprises : baisser les charges des entreprises et supprimer ce droit du travail français inconsistant qui empêche les entreprises de se développer et d’investir.

Rêvons un peu : Manuel Valls n’est pas issu des formations « élitistes » qui ont mené, par le biais de nos dirigeants successifs, la France à la ruine sur plusieurs décennies. Ensuite, tout le monde sait qu’il a des origines espagnoles. Ce qu’on sait moins, c’est qu’il a des origines suisses (sa mère est tessinoise). Reste à savoir laquelle de ces origines (la Française, la Suisse ou l’Espagnole) va l’emporter dans son style de gouvernance…

Avec la nouvelle loi sur l’immigration, les entreprises suisses font leur coming out

Depuis quelques années, l’immigration en Suisse est un sujet difficile, et peut-être même un peu tabou. Certaines entreprises ont une position ambiguë sur l’immigration : conscientes de l’enjeu que représentent les étrangers d’un point de vue de la croissance, elles restent toutefois assez discrètes sur le sujet, l’immigration ayant des conséquences pas forcément toujours bien perçues par les locaux (comme notamment l’augmentation du prix de l’immobilier ou les problèmes de transport). En clair, l’immigration, c’est bien pour l’économie suisse et les affaires de la société, mais c’est un sujet sensible.

Les entreprises suisses prennent position les unes après les autres

Je vois au moins un point positif à la nouvelle loi sur les étrangers : elle incite les entreprises concernées à avoir une position claire et à prendre position. C’est ce que sont en train de faire successivement l’ensemble des branches concernées (c’est-à-dire à peu près toutes), à l’image de ce qu’ont récemment dit les patrons des plus grands sociétés de l’industrie horlogère lors de l’édition 2014 de BaselWorld. Je ne prendrai qu’un exemple, celui de Mark Hayek qui est le patron de 3 poids lourds du secteur (Blancpain, Breguet et Jacquet Droz) qui réalisent à elles-seules un chiffre d’affaires d’un peu moins d’un milliard de francs suisses (2013) : « On ne peut plus travailler sans les frontaliers » et « il est très difficile de trouver du personnel qualifié aujourd’hui« .

Ce n’est bien sûr pas le seul exemple : l’industrie des machines, l’hôtellerie restauration, le secteur du recrutement de personnel, les assurances… Les uns après les autres, les patrons, grandes entreprises ou organismes faitiers des différents secteurs d’activités en Suisse prennent la parole pour dire à quel point les étrangers sont indispensables à l’économie suisse et à leur activité. Et ça, c’était plutôt rare avant la votation, même si tout le monde en avait bien conscience.

Dommage que cette prise de position n’ait pas eu lieu avant le vote

Si on fait un petit retour en arrière, l’un des reproches qui a été fait aux entreprises suisses et au patronat en général c’est de ne pas avoir eu une position très tranchée sur le texte de l’UDC, et de ne pas avoir été très ferme dans la prise de position avant la votation. Cette absence de position s’explique toutefois assez bien : quand vous avez dans vos effectifs à la fois des étrangers, et des locaux qui sont pour une limitation de l’immigration, vous faites en sorte de ne pas mettre de l’huile sur le feu et soignez votre climat social. Alors vous ne dites rien ou vous dites le minimum dans un contexte politique et émotionnel parfois compliqué. D’ailleurs, statistiquement, on peut estimer qu’un employé suisse sur deux – en moyenne – était pour cette loi, ce qui explique probablement cette prise de distance bien compréhensible.

Adresser un message à ceux qui préparent les lois

Mais pourquoi les patrons suisses prennent-ils la parole les uns après les autres ? Si les patrons font de telles déclarations, c’est pour adresser un message au Conseil fédéral qui doit proposer un texte de loi sur la mise en oeuvre de la nouvelle loi sur l’immigration votée le 9 février  dernier. Quand je dis « adresser un message », je pourrai également dire « faire pression » d’une certaine manière. Et quand presque tous les secteurs s’y mettent, il est probable qu’on tienne compte de leur avis, et ce d’autant que les milieux d’affaires sont consultés dans le cadre de l’élaboration cette nouvelle loi sur l’immigration. Ce qui est certain, c’est que le Conseil fédéral, qui était contre le texte de l’UDC à l’époque, est parfaitement conscient des enjeux et des conséquences que pourrait avoir la nouvelle loi si elle était mal mise en oeuvre ou mal conçue.

J’aime bien dire qu’on est toujours plus intelligent « après ». Et comme je le disais lors des résultats de la votation du 9 février dernier, faisons confiance au pragmatisme suisse et gageons que la mise en oeuvre de la nouvelle loi ira dans le bon sens de l’économie.

Comparaison entre une feuille de salaire suisse et française

En tant qu’étranger travaillant en Suisse, l’une des 1ères choses qui m’a surprise lorsque je suis arrivé en Suisse était la simplicité des feuilles de salaire, et surtout le faible nombre de charges, en comparaison d’autres pays et notamment la France. Je vous propose à présent d’aller un peu plus loin dans la comparaison, histoire de rire un peu (ou pleurer suivant de quel côté on se trouve).

Des feuilles de salaire à l’image des pays

Chacune des feuilles de salaire est un peu à l’image du niveau de complexité de la législation de chacun des pays : en Suisse, la feuille de salaire est plutôt très simple, avec peu de lignes. Surtout, elle s’applique de manière quasi uniforme à tous les salariés, à tous les secteurs et à toutes les tailles d’entreprises. Seul Genève fait figure d’exception, avec des lignes supplémentaires ajoutées par rapport aux autres cantons.

La feuille de salaire française est au contraire particulièrement fournie, avec un nombre très impressionnant de lignes représentant les charges. Mais ce qui caractérise surtout les feuilles de salaires en France, ce sont les différentes exceptions qu’on peut trouver : que vous soyez cadre ou non cadre, que votre entreprise ait plus ou moins 20 salariés, des postes de charges apparaissent (ou disparaissent). En France, les exceptions et méthodes de calcul sont, dans la plupart des cas d’une extrême complexité. Par exemple, l’assurance vieillesse est calculée en partie sur le salaire brut, l’autre partie étant calculée sur une partie seulement du salaire brut, limitée au plafond de la Sécurité sociale…

En clair, alors qu’il est presque possible de calculer à la main sa feuille de salaire en Suisse, c’est clairement impossible de le faire pour une feuille de salaire en France.

Comparaison des feuilles de salaire suisse et française : une image pour tout résumer

Nous avons mis côte à côte une feuille de salaire suisse et une feuille de salaire française (des vraies feuilles de salaire) : le résultat, visuellement, parle de lui-même… Je remercie les « cobaye » qui ont bien voulu nous transmettre ces documents somme toute très « personnels ».

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

L’organisation des feuilles de salaire suisses et françaises

La feuille de salaire en France : pourquoi faire simple quand on peut faire très compliqué

Je ne détaillerai pas les différents postes (par faute de place), mais en France, on compte pas moins de 33 postes de charges différents (dans la configuration la plus complète et lorsqu’on tient compte des charges payées à la fois par l’entreprise et le salarié) :

  • 12 pour ce qu’on appelle les cotisations URSAAF (qui regroupe des cotisations pour l’assurance vieillesse, l’assurance accident, l’assurance maladie, les allocations familiales, et la CSG notamment).
  • 3 pour l’assurance chômage
  • 8 pour la partie « retraite complémentaire »
  • 2 pour la partie prévoyance complémentaire (principalement décès et invalidité)
  • 4 pour des retenus diverses (tickets restaurant et CSG / CRDS non déductible notamment)
  • 4 pour la formation professionnelle, taxe d’apprentissage et autres retenues

Il m’est réellement impossible de vous dire ici comment se calculent toutes ces charges, tant les exceptions sont nombreuses. Pour être plus précis, le cas présenté ici est le cas maximum, et dans beaucoup de situation, il n’y a « que » 25 postes de charges environ.

La feuille de salaire en Suisse : 13 postes de charges… et encore

Sans rentrer dans le détail là non plus, on trouve pour la feuille de salaire suisse les postes de charge suivants :

  • 1  pour l’AVS (retraite)
  • 1  pour l’AI (assurance invalidité)
  • 1  pour l’APG (assurance perte de gain) (vous noterez que dans beaucoup de feuilles de salaires, ces 3 premiers postes sont rassemblés en un seul)
  • 2  pour l’assurance chômage
  • 2 pour les allocations familiales et l’assurance maternité (à Genève seulement)
  • 1 pour la prévoyance professionnelle (LPP)
  • 1 pour l’assurance accident professionnel
  • 1 pour l’assurance perte de gain en cas de maladie (facultatif)
  • 1 pour les compléments de salaire (l’entreprise peut décider de payer une assurance supplémentaire pour la perte de gain)
  • 1 pour les jours fériés
  • 1 pour les vacances

Et si on fait les comptes…

Pour un salaire moyen en Suisse de 6’000 francs suisses bruts par mois (soit un peu moins que la moyenne), les charges sont les suivantes (en % du salaire brut) :

  • charges patronales : 28,9%
  • charges salariales : 14,7%

(nous n’intégrerons pas ici délibérément de l’impôt à la source, prélevé sur le salaire de la plupart des étrangers qui travaillent en Suisse car ce n’est pas à proprement parler une charge)

Pour un salaire moyen en France de 2’000 euros bruts par mois (soit un peu moins que la moyenne, si on inclut la région parisienne), les charges sont les suivantes (en % du salaire brut) :

  • charges patronales : 42%
  • charges salariales : 22%

Au total, non seulement les salariés français payent presque 7% de plus que les salariés suisses sur les charges salariales, mais au total, ce sont pas moins de 20% de charges d’écart entre la Suisse et la France. Ces charges viennent alimenter un système social français qui, on le voit ici, est bien coûteux. Certes, certains me diront que ce n’est pas comparable, et que la cotisation pour l’assurance maladie n’est pas incluse dans le calcul en Suisse (le paiement des cotisations maladie est indépendante du salaire). Soit, mais cela ne change pas le calcul fondamentalement. Ces 20%, c’est autant de pouvoir d’achat en moins pour les salariés français. Côté entreprises, la différence est d’un peu plus de 13% : c’est tout autant que l’entreprise ne peut pas utiliser pour l’investissement, recruter ou augmenter ses salariés.

En conclusion

Complexe, remplie de tant de cotisations qu’on ne finit par ne plus savoir ce que l’on paye, et bourré d’exceptions : la feuille de salaire française est une excellente illustration de ce qui se passe en France actuellement. Les milieux patronaux bataillent actuellement pour alléger les charges : c’est non seulement sur les pourcentages mais également sur le nombre qu’il faudrait jouer. Ah si seulement nous pouvions avoir en France les mêmes charges et le même type de feuille de salaire qu’en Suisse… Mais ne rêvons pas, les syndicats français veillent au grain pour que rien ne change (des fois que ça aille mieux).

A l’inverse, la feuille de salaire suisse reste plutôt limpide, simple à comprendre et s’applique assez simplement à l’ensemble des salariés. Certes, je ne prétends pas que tout le monde comprend parfaitement sa feuille de salaire en Suisse, et comment les charges sont calculées précisément, mais globalement tout ceci reste du domaine de l’accessible. Et je ne parlerai pas du faible poids des charges…

Quelques liens utiles

  • Calculez votre future feuille de salaire : Travailler-en-Suisse.ch met à votre disposition un outil permettant de calculer votre salaire net. Ce service est gratuit et permet notamment aux étrangers à qui un recruteur vient de faire une proposition de salaire (en général exprimée en brut) d’estimer leur futur salaire net.
  • Comprendre votre feuille de salaire : nous mettons à votre disposition un document qui explique de manière un peu plus détaillée que ce billet les différents postes de charges de votre feuille de salaire en Suisse.
  • Dans la 4ème édition de mon livre « Travailler et vivre en Suisse » sortie récemment, vous trouverez un chapitre dédié au sujet, avec des explications précises sur la manière dont est calculée votre feuille de salaire suisse, ainsi que sur les différentes charges.
  • Exemples de feuilles de salaires suisses sur le site de la Fédération des Entreprises Romandes (FER)

Et vous, partagez-vous mon avis ?

40% des candidats qu’Adecco place en Suisse sont étrangers

C’est le chiffre étonnant de la semaine : dans une interview accordée au SonntagsZeitung, Patrick De Maeseneire, CEO d’Adecco, nous apprend que 40% des personnes que la société place en Suisse sont des étrangers, en citant notamment le secteur de la Santé.

40%, c’est un chiffre très élevé, sachant qu’une personne sur quatre qui travaille en Suisse est étrangère. Adecco étant principalement une société de placement en personnel temporaire, on peut donc en déduire que sur ce créneau, on trouve une proportion importante d’étrangers.

Toujours dans cette même interview où il est question notamment de la votation sur la limitation de l’immigration du 9 février, le CEO d’Adecco affirme que dès 2015, la Suisse aura besoin de beaucoup plus de personnel qualifié, et que ce personnel pourra être trouvé soit par l’immigration, soit par le travail des femmes (qui reprennent une activité). En clair, sans étranger, les entreprises suisses auront du mal à avancer !

source : Bilan

 

Une qualité de vie à Genève qui se dégrade depuis 2011

Chaque année, je suis les résultats des différents classements présentant la qualité de vie dans différentes villes dans le monde, et bien sûr en Suisse. 2 villes suisses étaient auparavant régulièrement dans le top 5 des villes proposant la meilleure qualité de vie au monde : Zurich et Genève (Berne étaient, suivant les classement, entre la 10ème et la 15ème position, ce qui n’est déjà pas si mal).

Il semblerait qu’avec le temps, Zurich ait conservé sa 2ème place (voir notamment les classements que nous avons relevés par exemple en 2009 et 2010). En revanche, Genève est passé en 2011 de la 3ème à la 8ème place et n’a jamais retrouvé son classement depuis. C’est encore le cas dans la dernière étude de Mercer.

Pour comprendre cette baisse d’attractivité (toute relative, puisque la ville reste quand même dans le top 10 des villes les plus attractives au monde), je me suis penché sur les critères utilisés par Mercer pour établir ce classement. Il y en a un peu moins de 40, qu’on peut regrouper de la manière suivante :

  • Environnement politique et social (stabilité politique, délinquance…)
  • Environnement économique (taux de change et valeur de la monnaie, services bancaires…)
  • Environnement socio-culturel (diversité des médias, censure, limitation des libertés personnelles…)
  • Santé (services de santé, maladies, pollution…)
  • Education (présence d’écoles internationales…)
  • Services publics et transports (électricité, eau, transports publics, trafic routier…)
  • Loisir (Restaurant, théâtre…)
  • Biens de consommation (disponibilité de la nourriture, choix de biens et services…)
  • Logement (location, services…)
  • Environnement naturel (climat, catastrophes naturelles…)

Si on regarde cette liste, on peut se demander ce qui a fondamentalement changé entre 2011 et aujourd’hui pour que Genève passe de la 3ème à la 8ème place. Pour ma part, j’en vois 2 : les transports (publics et routier) et le logement. Dans le 1er cas, on parle ici de l’augmentation du trafic routier, dû notamment à l’intensification du travail transfrontalier, et des transports publics saturés, par les frontaliers mais également les pendulaires. D’ailleurs, le thème des Transports est un sujet qui tient particulièrement à coeur les Suisse puisque c’est le sujet le plus présenté à l’occasion des initiatives populaires…

Dans le cas du logement, on connait les difficultés qu’on a à se loger quand on habite (ou qu’on veut habiter) à Genève et l’augmentation graduelle depuis 10 ans des loyers et des prix de l’immobilier.

Deux critères en somme qui ont probablement lourdement pesé dans la balance lors de la votation sur la limitation de l’immigration début février.

Et selon vous, qu’est-ce qui peut expliquer la détérioration de la qualité de vie à Genève depuis 2011 ?

 

Source : Mercer

A propos de la maîtrise des langues étrangères en Suisse

En Suisse, parler plusieurs langues est en général un atout dans le cadre professionnel. Vous me direz que c’est le cas dans beaucoup de pays. Certes. Mais en Suisse un peu plus que dans d’autres, car le pays compte 4 langues officielles (l’Allemand, le Français, l’Italien et le Romanche). A ce propos, 70% du pays est germanophone, 20% francophone. Mais la grande particularité linguistique du pays, c’est que la langue la plus parlée est en fait un dialecte (le Suisse allemand qui, pour les néophyte, n’a pas grand chose à voir avec l’Allemand). Et pour être juste, ce n’est pas un mais plusieurs Suisses allemands qui existent, pratiquement un pour chaque canton alémanique. Dans les réunions de travail réunissant des personnes de cantons différents sur le plan linguistique, il est courant que chacun s’exprime dans sa langue, ou en anglais si quelqu’un ne parle pas l’Allemand ou le Français.

L’Anglais peut être considéré comme la langue des affaires en Suisse. Si vous avez un poste d’encadrement, il est pratiquement indispensable dans la plupart des entreprises. Dans les cantons où les multinationales sont largement implantées (Genève, Vaud, Zurich, Bâle par exemple), c’est encore plus vrai.

Des candidats romands qui parlent majoritairement Français et Anglais

Pourquoi est-ce que je vous parle de tout çà ? Parce que c’est un sujet important pour l’emploi. Et parce qu’une Infographie de Jobup.ch, le job board de référence en Suisse romande, donne des informations intéressantes sur ce sujet. Dans cette infographie, Jobup.ch a cartographié ses 143’000 candidats inscrits depuis moins d’un an. Sur le sujet des langues, on apprend notamment que :

  • 84% des candidats parlent Français
  • 63% parlent l’Anglais
  • 17% l’Allemand
  • 16% l’Espagnol

L’étude parle également de 60% des candidats qui seraient bilingues, et 35% trilingues. Je suppose que c’est un abus de langage indiquant que 60% des candidats parlent deux langues et 35% trois. Dans tous les cas, ces chiffres vérifient ce que je dis depuis des années : les Suisses ont en général une très bonne maîtrise des langues.

Je vous invite à jeter un oeil sur les autres résultats de cette infographie. Vous y découvrirez notamment que « seulement » un quart des candidats en Suisse romande ont un niveau équivalent à un Master II (la Suisse, contrairement à la France, n’est pas un pays complètement focalisé sur les diplômes).

Comment indiquer sa maîtrise des langues dans son CV ?

Comme vous le pouvez le constater, le sujet des langues ne doit pas être pris à la légère dans une postulation en Suisse. Le plus dur est, selon moi, d’évaluer au plus juste son niveau.

Pour vous donner une première idée sur la manière de faire, je vous propose de consulter notre page sur le CV suisse ou encore mieux et plus efficace : confiez-nous votre CV, et nous nous chargeons de le rédiger pour le rendre efficace, attractif, et avec les « normes » suisses. Rendez-vous pour cela sur notre service de rédaction de CV pour la Suisse.

10 choses à savoir sur la nouvelle loi sur l’immigration en Suisse

Le 9 février dernier, suite à l’initiative de l’UDC. le peuple suisse a décidé de mieux contrôler son immigration, en réintroduisant pour les ressortissants de l’Union européenne les quotas de permis de travail qui avaient disparu depuis la signature des accords bilatéraux entre la Suisse et l’UE en 2002.

Le nouveau texte prévoit également la ré-introduction de la préférence nationale (les entreprises suisses ne pourront recruter un étranger que si elles réussissent à prouver qu’elles n’ont pas trouvé de profil suisse équivalent). Beaucoup de questions restent en suspens (le nombre de quotas, le principe de calcul des quotas, le « sort » des étrangers déjà sur place etc.). Voici les 10 choses à savoir sur ce sujet :

1. Tant que la nouvelle loi n’est pas mise en oeuvre, rien ne change

Les textes prévoient une mise en oeuvre de la nouvelle loi dans un délai maximal de 3 ans. Selon le Président de la Confédération lui-même, ce délai reste très court compte tenu du nombre de choses qu’il faut prévoir dans la nouvelle loi (et notamment les négociations avec l’UE concernant les accords bilatéraux). En clair, il est peu probable que la nouvelle loi soit mise en oeuvre rapidement, et pour l’instant c’est encore la libre circulation des personnes qui s’applique, ce qui signifie que les étrangers n’ont aucune barrière légale pour accéder au marché du travail suisse. C’est d’ailleurs le sens du communiqué de presse officiel du canton de Vaud. Enfin, un 1er projet de mise en oeuvre sera communiqué par le Conseil fédéral en juin 2014,

2. Les accords bilatéraux ne seront probablement pas dénoncés par la Suisse

Le texte de l’initiative de l’UDC prévoit que les accords bilatéraux soient renégociés, c’est tout. Il est donc peu probables qu’ils soient dénoncés par la Suisse. Toutefois, le texte de l’initiative va clairement à l’encontre des Accords bilatéraux : la probabilité que l’Union européenne les dénonce est donc importante.

3. La Suisse peut sortir de l’espace Schengen si…

Techniquement, si les Accords bilatéraux sont dénoncés (que ce soit la Suisse ou l’UE qui les dénonce), la Suisse ne ferait automatiquement plus partie de l’espace Schengen 6 mois après cette dénonciation. Concrètement, on réintroduirait donc les contrôles aux frontières.

4. Les étrangers déjà établis en Suisse ne devront pas rentrer dans leur pays une fois la nouvelle loi en place

L’article 23 de l’accord sur la libre circulation des personnes prévoit que les droits acquis par les  étrangers le restent, même en cas de dénonciation de l’accord. Par ailleurs, Didier Burkhalter, le président de la Confédération, s’est vu très rassurant à l’égard des étrangers sur place lors de la conférence de presse de lundi dernier annonçant le planning de mise en oeuvre.

5. On ne sait rien sur la manière dont seront calculés les quotas de permis ni sur la méthode d’attribution

Le Conseil fédéral soit proposer une méthode d’attribution des quotas, ainsi que le nombre. On ne sait aujourd’hui rien sur cet aspect. Il est probable qu’on en sache un peu plus dans le courant de l’année 2014.

6. Les frontaliers seront concernés par les quotas

Contrairement à la situation actuelle où il n’y a pas de quotas pour les permis de frontaliers (permis G), la nouvelle loi prévoit d’en instaurer. On ne sait rien sur le nombre de quotas qui seront attribués pour les permis de frontaliers. C’est aussi la même chose pour les demandeurs d’asile.

7. La Suisse n’a pas signé l’extension de l’accord sur la libre circulation pour la Croatie

Prévue de longue date et en tous les cas avant la votation du 9 février dernier, la Suisse devait signer l’extension de l’accord sur la libre circulation pour que les ressortissants croates puissent accéder, à terme (en 2020), à la libre circulation sur le marché du travail en Suisse. En acceptant de mieux contrôler son immigration, le peuple suisse a rendu impossible la signature de cette extension, car d’après la constitution, aucune loi ou aucun accord contraire à cette initiative ne peut être signé. Le Conseil fédéral a donc prévenu ce week-end la Croatie que l’extension ne serait pas signée, ce qui a déclenché l’ire de l’Union européenne.

8. Les Suisses installés dans les pays de l’Union européenne ne devront pas rentrer en Suisse

Comme pour les étrangers qui sont déjà installés en Suisse, les ressortissants Suisses installés dans un pays de l’Union européenne n’auront pas à rentrer en Suisse.

9. On ne sais pas quelles seront les conditions d’attribution du permis C

Le permis C est remis aux étrangers qui ont résidé en Suisse plusieurs années (actuellement 5 ans pour les ressortissants de l’UE/AELE, et 10 ans pour les autres). Avec la nouvelle loi, on ne sait pas si les ressortissants de l’UE qui s’installeront en Suisse pourront bénéficier de ce permis après 5 ou 10 ans d’expérience. On ne sait pas non plus si les ressortissants de l’UE déjà installés verront ces 5 ans remis en cause ou non (a priori, avec l’article 23 de l’Accord sur la Libre circulation je dirai non).

10. La Suisse a encore besoin d’étrangers pour soutenir son activité

Les entreprises suisses ont encore besoin de la main d’oeuvre étrangère pour soutenir leur activité. D’après les dernières études, 30% des entreprises suisses ont des difficultés pour recruter du personnel qualifié. Concrètement, la nouvelle loi ne changera rien pour les profils recherchés (avec toutefois des délais de recrutement probablement plus long qu’auparavant).

Limitation de l’immigration en Suisse : pourquoi le texte a été accepté (humour)

Sur Twitter, ça a bien chauffé pour les votations sur l’initiative de la limitation de l’immigration. Voici un peu d’humour pour détendre l’atmosphère.

Après mon billet au titre très provocateur (initiative contre l’immigration : des centaines de milliers de frontaliers vont perdre leur emploi), Grutli1291, qui n’a visiblement lu que le titre et pas le texte, se moque de moi et d’un soi-disant comportement français. L’occasion pour nous de comprendre pourquoi les Suisses ont voté non !

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