Scandale administratif : la France devrait renoncer à plus de 100 millions versés par la Suisse

J’ai parfois dénoncé certaines absurdités administratives, mais celle que je vais vous compter maintenant est particulièrement corsée.
Avant de rentrer dans le vif du sujet, je dois planter le décors : les frontaliers en Suisse cotisent pour le chômage en Suisse (par prélèvement sur le salaire) mais les indemnités chômage sont versées par la France. Du coup, pour équilibrer un peu les comptes, il est prévu que la Suisse verse une compensation financière à la France.
Cette compensation, la Confédération helvétique l’a estimé à environ 150 millions de francs suisses (ce montant inclut les prestations pour tous les pays). Jusqu’ici, rien d’anormal.

Une dépêche ATS parue le 12 mars dernier indiquait laconiquement que ces compensations financières étaient étrangement basse pour les 3 premiers mois : 4 millions de francs suisses pour 3 mois contre 37,5 millions normalement attendus.

La raison ? Il faut la trouver dans le fonctionnement du remboursement. La France doit en effet fournir à la Suisse la liste des frontaliers concernés. Une fois cette information reçue, la Suisse procède alors à la comptabilisation et au paiement. Le hic, c’est que la France ne semble pas en mesure de transmettre cette liste, probablement pour des raisons informatiques et administratives (je n’ai pas réussi à avoir plus de détails).

Les contribuables français, littéralement saignés à blanc en ce moment, apprécieront. Les Suisses doivent probablement bien rire. C’est une honte…

Et si on parlait du taux de chômage en Suisse ?

Voici plus de 8 mois que le taux de chômage en Suisse baisse ou stagne tous les mois. On est ainsi passé d’un taux d’un peu plus de 4,5% en début d’année (un taux qui fait déjà pâlir de jalousie bon nombre de pays) à un taux de chômage en septembre 2010 de 3,5%. Et dans tous les domaines (en moyenne, pour les jeunes et les seniors), la Suisse surclasse la France, de très loin. Toutefois, derrière ces chiffres « idylliques » se cachent parfois quelques nuances dont j’aimerais dire quelques mots.

Les différences cantonales sont énormes

Pour ceux qui n’en seraient pas conscients, il ne faut pas oublier que la Suisse, c’est avant tout 26 cantons et demi-cantons, qui ont chacun un taux de chômage spécifique. Entre le canton qui possède le taux le plus bas (Appenzell Rhôdes Intérieures), et le canton qui a le taux le plus élevé (Genève), la différence de 5,7% ! En effet, Genève, avec 6,8% est traditionnellement le canton le plus touché, alors que les cantons de Suisse alémanique, et notamment de Suisse centrale, bénéficient de taux particulièrement faibles, qui ont même été jusqu’à être inférieur à 1% !

D’ailleurs hormis le canton de Zurich, dont le taux est légèrement supérieur à la moyenne suisse, tous les cantons de Suisse alémanique sont en dessous de la moyenne (du moins en septembre 2010).

Des taux de chômage bas qui posent problème aux recruteurs

Avoir un taux de chômage trop bas n’est pas forcément une bénédiction car lorsque celui-ci devient inférieur à 3%, se pose la question de la pénurie de main d’oeuvre, que ce soit dans les métiers à forte valeur ajoutée ou dans d’autres : avec de tels chiffres, les employeurs n’ont en effet aucune marge de manœuvre pour trouver de nouveaux candidats (ce qui explique notamment que les entreprises suisses recrutent autant de profils étrangers et souffrent de pénuries de « talents »).

Le chômage des jeunes : plutôt mieux qu’ailleurs

Comme dans beaucoup de pays, il reste difficile pour un jeune en Suisse de trouver du travail, surtout s’il n’a aucune expérience (…). Mais quand on regarde les statistiques du chômage, on se dit que comparé à d’autres pays, et notamment la France, il vaut mieux être jeune en Suisse qu’en France : le taux de chômage des 15-25 ans a été compris dans les 9 dernières années entre 5,5% et 8,3% (en juin 2009). En France, au premier trimestre 2010, le taux de chômage des 15-24 a dépassé les 23%, avec un historique inquiétant, avec des pointes à près de 24% en 2006, le chiffre le moins mauvais étant de 18,3% (source : INSEE et SECO)…

Les personnes arrivées en fin de droit

source : Office fédéral de la Statistique

Les personnes qui arrivent en fin de droit (qui ont épuisé leur droit aux indemnités journalières de chômage) sont en augmentation le milieu de l’année 2008 mais leur nombre reste plutôt bas par rapport aux années précédentes.

On l’oublie toujours trop, mais en Suisse, pays où le taux de chômage est l’un des plus bas en Europe, entre 1 500 et 2 500 personnes se sont retrouvées chaque mois depuis le début de l’année en fin de droit. Même si, contrairement à ce qu’on pourrait croire, les personnes en grande difficulté en Suisse sont bien couvertes (et à mon sens bien mieux qu’en France où on « arrose » les aides à tous les étages sociaux), cela reste un problème de société assez important.

En conclusion, vous l’aurez compris, de même qu’il est général préférable de travailler en Suisse qu’en France, il semble que le raisonnement soit le même pour le chômage…

Le taux de chômage en Suisse passe sous la barre des 4%

© iStockphoto

Je viens juste de rédiger l’article que je consacre tous les mois au chômage en Suisse sur le site Travailler-en-Suisse.ch.

Pour la 4ème fois consécutive, le taux de chômage en Suisse baisse, pour venir sous la barre des 4%…

Certes, il y a des différences importantes selon les cantons, entre Genève qui reste la lanterne rouge du classement avec un taux supérieur à 7%, et quelques cantons de Suisse alémaniques comme Uri, Obwald, Nidwald, qui ont un taux de chômage inférieur à 2% (ce qui, au passage, n’est pas forcément une bonne chose pour le dynamisme de l’économie).

Et encore, le plus fou, c’est que le mode de calcul du chômage en Suisse surévalue le taux réel, ce qui signifie qu’en réalité le taux est moins important (mais en contrepartie, il n’intègre pas les personnes en fin de droit).

Il semblerait cependant que les perspectives de recrutement à court terme des entreprises suisses se ralentissent au 3ème trimestre, mais cette nouvelle ne doit pas assombrir ce que je considère comme une bonne nouvelle pour l’emploi.

Je ne continue pas ma démonstration, je pense que vous avez bien compris dans quel pays se trouvaient les opportunités d’emploi, car quand je constate ce qui se passe en France, on est malheureusement à plus de 9%…

Et vous, observez-vous du meilleur sur le front de l’emploi autour de vous ou dans vos démarches ?

RSS_32 Recevez par mail directement tous les nouveaux billets du blog de Travailler en Suisse et devenez fan du Groupe Facebook « Travailler et vivre en Suisse »

Toucher un salaire en Suisse et être au chômage en France ? Oui, oui, c’est possible

Les cas de fraudes sociales ne sont pas nouveaux, y compris parmi la population de travailleurs frontaliers.

Je vous parlais en 2008 d’un travailleur frontalier qui a réussi à toucher pendant plusieurs mois les indemnités chômages en France, tout en percevant un salaire en Suisse.

Une serveuse à Genève également au chômage en France…

Dans le quotidien 20mn, le cas similaire d’une serveuse à Genève est décrit. Selon les personnes interviewées, il semblerait que le phénomène ne soit pas récent, et qu’il est plus développé qu’on ne l’imagine.

Du point de vue des autorités suisses, il n’y a pas de problème juridique, puisque c’est l’Etat français qui est floué. Simplement, tout le monde semble d’accord pour dire qu’un recruteur suisse n’a pas les moyens de vérifier qu’un candidat n’est pas (plus) inscrit au chômage en France.

Vers un système de contrôle du chômage ?

Une solution simple consisterait à demander aux employés français de fournir à chaque prise de poste une attestation de Pôle-Emploi spécifiant la situation de l’employé vis-à-vis de l’assurance chômage. Et pour éviter les changements de situation en cours d’année, ce document pourrait être remis annuellement. En somme, c’est déjà ce qui se passe avec l’attestation de résidence fiscale, mise en place par le fisc français pour éviter que des contribuables « oublient » de payer leurs impôts en France.

Ce qui est choquant, c’est que ce comportement pénalise la collectivité. Mais fort heureusement, les autorités françaises ont décidé depuis quelques mois déjà d’intensifier leurs contrôles pour détecter les fraudeurs aux assurances sociales.

Et vous, que pensez-vous de ce sujet délicat ?

6 semaines de vacances en Suisse pour tous ?

Ce que j’adore dans mon blog, c’est mettre en avant les différences entre les pays. Et pour la Suisse et la France, ces différences sont énormes, notamment lorsqu’on parle de la vie au travail, du salaire, des heures travaillées…

C’est d’ailleurs une des grandes interrogations qu’ont les nouveaux travailleurs étrangers en Suisse, qui découvrent que les 35 heures font beaucoup rire les suisses, qu’on a 4 semaines de vacances (parfois 5 si on a de la chance), et que surtout, tous ces éléments ne sont pas inscrits dans le marbre d’une loi rigide.

Au passage, les travailleurs étrangers, notamment Français, découvrent qu’on est bien moins protégé en Suisse dans son travail qu’en France, mais que c’est peut être aussi pour cela que le chômage est sous la barre des 4,5%…

6 semaines de vacances : une initiative rejetée à cause des conséquences sur les salaires et le temps de travail

Une initiative populaire déposée en juin dernier « 6 semaines de vacances pour tous », proposait que 6 semaines de vacances soient ajoutées dans la Constitution suisse. Le Conseil fédéral a rejeté cette initiative, estimant qu’un allongement des congés limiterait les possibilités de réduction de travail, ainsi que les augmentations de salaires

Des différences fondamentales entre la Suisse et la France

Ce refus marque deux différences fondamentales entre les deux pays :

1/ La limitation des réductions de travail laisse entendre que les partenaires sociaux, syndicats et patronats, ne pourraient plus négocier pour proposer des réductions du temps de travail si cette notion était inscrite dans la Constitution ou dans la loi. En France, le droit du travail décrit ne laisse, à l’inverse, pratiquement aucune marge de négociation

2/ L’impact de cette loi sur l’augmentation des salaires

Selon le Conseil fédéral, une augmentation des congés, inscrite dans la loi, empêcherait une augmentation des salaires.

Je vous laisse imaginer, si on suit ce raisonnement, ce qu’on peut en déduire pour la France, avec son système des 35 heures et de récupération d’heures…. et de salaires plus que bas dans certaines professions.

Plus d’informations sur le refus du Conseil fédéral.

Et vous, quel système (français : mal payé avec peu d’heures ou suisse : mieux payé avec beaucoup d’heures) préférez-vous ?

RSS_32 Recevez par mail directement tous les nouveaux billets du blog de Travailler en Suisse

Pourquoi le RSA ne pourrait pas être voté en Suisse

Comme j’ai constamment un pied en Suisse et l’autre en France, j’aime bien imaginer les réaction qu’un pays aurait eu face à une situation vécue par l’autre.
Par exemple, récemment, le parlement français a présenté un projet de loi pour le Revenu de Solidarité Active (RSA). Ce projet, dont la philosophie me paraît saine (il s’agit de financer le retour à l’emploi des personnes les plus défavorisée) a été présenté sur un mode de financement très étrange : les revenus du capital seront taxés à 1,1%, mais tout le monde ne paiera pas : les plus riches, ceux qui sont soumis à l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) n’y seront pas assujettis, notamment grâce au fameux « bouclier fiscal » qui limite la taxation des plus riches (et qui a fait changer d’avis Johnny Halyday après sa délocalisation en Suisse).
Cela revient à dire que tout le monde ne doit pas contribuer de la même manière à l’effort social, et qu’une catégorie de la population n’est pas concernée. En fait, ce sont les classes moyennes qui sont visées.

Bon, mon but n’est pas de parler du système français mais bien d’expliquer pourquoi en Suisse une telle loi aurait peu de chances de passer. Voilà ce que j’en pense :

1 – La Suisse est une démocratie directe : contrairement à la France où le peuple ne décide finalement de pas grand chose, c’est bien le peuple suisse qui décide tout, du moins qui accepte ou refuse par référendum les propositions de loi du Parlement. Il n’est pas du tout certain que le peuple suisse, profondément démocratique, accepterait une telle proposition de loi basée sur ce mode de financement.

2 – Plus simplement, le faible taux de chômage du pays (moins de 3%) ne nécessiterait pas qu’on prenne une telle mesure. Bien sûr des personnes en Suisse sont concernées, mais l’ampleur n’est pas la même qu’en France, et les finances suisses bien meilleures.

3 – Historiquement, le peuple suisse a prouvé qu’il était responsable, et que surtout il était capable de mettre de côté ses convictions personnelles pour le bien de la collectivité (en refusant, par exemple, une baisse d’impôts).
Dans un pays où les working poor sont de plus en plus nombreux, il ne serait pas raisonnable d’imposer encore davantage une classe moyenne, au risque de la fragiliser.

Et vous, pensez-vous que le peuple suisse voterait une telle loi ?