Plus d’un étranger sur 10 en Suisse est en situation de privation matérielle

La Suisse, vue de l’extérieur, on la regarde souvent de manière un peu envieuse : ses hauts salaires, sa qualité de vie… Sauf que ce n’est pas le quotidien de tous. Et on en parle d’ailleurs rarement de ceux qui sont en situation difficile en Suisse. Pour ma part, j’ai engagé plusieurs fois le sujet en parlant des working poor ou des pauvres en Suisse par exemple. Une étude sortie récemment donne des chiffres plus récents sur ces personnes qui ont du mal à finir leurs fins de mois, voire pire. Et un chiffre a particulièrement retenu mon attention : plus d’un étranger sur 10 est, en Suisse, en situation de privation matérielle.

Bon, je vous vois arriver avec votre question : « qu’est-ce que cela signifie : être en situation de privation matérielle ?« .

Selon un classement européen, être en situation de privation matérielle, c’est, pour une raison liée au manque d’argent, se retrouver dans au moins 3 des situations décrites ci-dessous :

  • ne pas être capable de faire face à une dépense imprévue de 2 000 francs suisses
  • ne pas pouvoir se payer au moins une semaine de vacances une fois par an
  • avoir des arriérés de paiement (loyers, prêt hypothécaire, facture courante…)
  • ne pas pouvoir s’offrir un repas composé de poulet, de poisson ou de viande une fois tous les 2 jours (au minimum)
  • ne pas pouvoir chauffer sa maison ou son appartement de manière satisfaisante
  • ne pas posséder de machine à laver le linge
  • ne pas posséder de téléviseur couleur
  • ne pas posséder de voiture
  • ne pas posséder de téléphone

Alors que 5,8% de la population totale (Suisses + étrangers) se trouve en situation de privation matérielle, cette proportion est de 11,3% pour les étrangers (4,2% pour les Suisses).

40% des étrangers ne peuvent faire face à une dépense inattendue

Quand on regarde le détail des chiffres, certains font peur :

  • près de 40% des étrangers ne sont pas capables de faire face à une dépense inattendue de 2 000 francs suisses (16,2% pour les Suisses),
  • près de 20% ont des arriérés d’emprunts non immobiliers (8% pour les Suisses),
  • plus de 13% vivent dans un logement humide (7,7% pour les Suisses),
  • près d’un quart vivent dans un quartier bruyant (plus de 15% pour les Suisses),près de 3% ne peuvent s’offrir un repas complet au moins un jour sur 2 (1,2% pour les Suisses).

Il semblerait, selon les statistiques, que les étrangers d’Europe du Nord soient les moins touchés (par opposition aux étrangers d’Europe du Sud et du reste du monde).

Que ce soit pour les étrangers ou les Suisses, je trouve ces chiffres plutôt inquiétants. Pour les personnes qui ont un profil à risque de pauvreté, la proportion de personnes qui sont en privation matérielle est 4 fois plus élevé que la moyenne. Cela paraît évident de le dire, mais avec de tels chiffres, on réveille un peu les consciences.

La Suisse, 4 fois moins touchée que les pays de l’UE par la privation matérielle sévère

En comparaison internationale, la Suisse est toutefois parmi les pays les mieux lotis. En effet, si on regarde le taux de privation matérielle sévère (4 critères, voir ci-dessus), la Suisse est à 2,4%, contre 8,1% pour la moyenne des pays de l’Union européenne (5,6% pour la France, et 5,4% pour l’Allemagne).

Alors, est-ce que votre perception de la Suisse a changé ?

Source : enquête sur les revenus et les conditions de vie

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Commentaires

  1. Florian a écrit

    Non, ma perception n’a pas changé car je sais que en Suisse la vie est chère et que les prix et les salaires ne sont pas comparables. J’ai juste eu un peu peur au début de l’article, mais arrivé au graphique, j’ai relativisé. Il est vrai que dans tous les pays la question de la pauvreté se pose. Cependant j’ai été surpris par cet article car la Suisse est bien mieux lotie que la France mais on ne se pose que très peu la question dans mon entourage.

  2. nadège Duris a écrit

    Non, moi non plus le regard que j’ai sur la Suisse n’a pas changé. Malheureusement la pauvreté touche tous les pays, ce qui serait intéressant d’approfondir est le niveau d’étude et la catégorie pro des étrangers qui sont dans la privation matérielle et ceux des Suisses. Il y a des gens qui pensent trouver l’El Dorado dans un autre pays (et là on touche la caricature de la Suisse) alors que malheureusement ils n’ont pas de bagages professionnels et donc se retrouvent dans une situation précaire.

  3. jubin a écrit

    bonjour,je suis double national,est vie actuelement en France en lisant vos statistique loyer 16% du salaire,en Thurgovie OU?un appartement pour 980 sfr
    Pour le telephone il y a aussi erreur,en France le paquet SFR illimite,31,20 par mois en suisse internet,c’est deja 57Sfr par mois sans communications.Ou avez vous trouve ces souces inexactes.A bientot

    • a écrit

      Bonjour,

      Ce sont juste les informations de l’Office fédéral de la Statistique… L’étude est mentionnée en lien.
      Régulièrement, ce type de commentaire arrive : il existe de manière évidente des différences entre les cantons, et parfois certaines statistiques sont, je trouve, sous-évaluées. Mais de là à dire que les sources de l’Office fédéral de la Statistique sont inexactes…

  4. chris a écrit

    Je pense que les dépenses contraintes sont beaucoup plus importantes. Si on veut dépenser moins que ce que l’on gagne, cela devrait être la rêgle, on ne peut rogner que dans les dépenses alimentaires et de loisir, Si on enleve du salaire le loyer, les assurances, les taxes il ne reste presque plus rien pour s’habiller manger et avoir des loisirs. Aller chez le dentiste et payer 1600 CHF pour deux séances pour son enfants et on comprends. Il n’y a pas d’assurance pour les dents. Seuls les dents en bonne santé non soignées sont assurées si on insiste et le prix de l’assurance sera plus elevé que le prix à payer. Je ne parle pas des réparations automobiles et des loyers.

  5. mezhoud a écrit

    Et vous avez oublié le cliché sur la Suisse comme le pays où il y a le plus de cliniques de chirurgie esthétique. Un texte utile qui me fait aussi penser aux préjugés des français sur les ultra marins et qu’il serait aussi bon de lever.

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